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Punir les voyous, non le spectacle

Comme si le spectacle de nos matchs de football n’était pas assez piteux, la Télévision nous inflige régulièrement des séquences de rencontres jouées à huis clos, sanctions censées dissuader joueurs et supporters de récidiver dans leur comportement antisportif et inciter les dirigeants à faire en sorte que cela ne se reproduise plus.

Dans l’affaire, il n’y a pourtant que le jeu et ceux qui l’aiment qui souffrent. Un match sans public est plus une fuite de responsabilité qu’une décision ferme et contraignante susceptible de changer les choses.

A fortiori quand il s’agit de sévir en réaction à des situations aussi graves que celles vécues dans nos stades pratiquement chaque semaine que Dieu fait. Fallait-il s’étonner de ce qui s’est passé au stade d’El Khroub et d’Hussein Dey où par miracle il n’y a pas eu mort d’homme, alors que tous les ingrédients de la catastrophe sont réunis sur la totalité de nos terrains de foot ? Quand un président de club et député de la nation appelle au lynchage de l’adversaire avant de décider tout seul, comme un grand, qu’il n’avait « rien fait de grave pour comparaître devant une commission de discipline » qui l’avait convoqué pour s’expliquer sur son comportement, il est malvenu de faire semblant d’être affecté par un jeune qui se jette du toit d’une tribune.

D’abord parce qu’il n’avait rien à y faire, ensuite la menace qui lui a fait prendre la décision de « voler » devait être sensiblement plus périlleuse que la terre battue qui a reçu son corps sur la main courante.

Depuis que Aissa Menadi, le patron de l’USM Annaba, a fixé le seuil de gravité au-delà de l’appel au lynchage pour mériter une convocation dont on n’est même pas sûr qu’elle se termine par une sanction, il ne devrait plus y avoir de limite au dérapage.

Il devrait d’ailleurs bien nous dire un jour, même en privé, puisqu’il refuse toujours l’audit de la Ligue nationale de football, quel niveau de gravité doit atteindre la violence du geste ou du propos pour que son auteur soit inquiété. En attendant, les instances dirigeantes du foot punissent le spectacle au lieu de punir les voyous, imposent le huis clos quand il faut frapper les poches, suspendent les stades au lieu de mobiliser la force publique et auditionnent des porteurs d’allumettes au lieu de les exclure.

Mais au « stade » où en sont les choses, on doute fort que cela arrive. Ne prennent leurs responsabilités que les responsables. Y en a-t-il dans notre foot et à sa périphérie ?.

S.L.

P.-S. : Réagissant à la gravissime dérive du président de l’USM Annaba, un responsable du football a eu cette déclaration aux allures d’aveu d’impuissance : « Ce n’est pas à nous, mais à l’Assemblée nationale de sanctionner Menadi ». Pourquoi dès lors veut-on qu’il réponde à leur convocation ?

salimlaouari@yahoo.fr

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