Le calice jusqu’à la lie

Que de douleurs vives, de violents traumatismes et de souffrances contenues, endurés par un Algérien dont la vie, celle d’un travailleur ordinaire, a subitement viré au cauchemar.

C’est le combat stoïque d’un homme contre la mort, avec ses moments de faiblesse, de doute, mais aussi d’espoir entretenu, que nous livre Aïssa Nour dans cet opus intitulé « De violence et d’espoir ». Un livre à la fois poignant, intense et vrai qui nous restitue en réduit la tragédie que vit l’Algérie face au phénomène du terrorisme aveugle. Cette photographie instantanée met en scène un employé de Sonelgaz que l’explosion d’une bombe a failli envoyer ad pâtres. Admis à l’hôpital, il est déclaré cliniquement mort. Mais au moment où on l’achemine à la morgue, un agent de la santé constate que le bras gauche de Aïssa Nour bouge. Après une semaine de coma, Aïssa reprend connaissance, perclus de traumatismes : fractures des deux tibias avec de grands délabrements cutanés, fracture de l’humérus droit, sectionnement du nerf radial : scalp frontal, perforation des deux tympans, bris de verre à l’intérieur de la cornée. « Je ne vois rien, n’entends rien, je ne peux ni crier, ni bouger, ni même respirer… Tous mes sens sont atrophiés. Je n’ai mal nulle part. Mon cerveau continue d’accomplir certaines de ses fonctions, mais ne peut donner des ordres », note l’auteur dans le premier chapitre du livre. Il subira une dizaines d’interventions chirurgicales en Algérie et en France, s’astreindra à de longs mois de rééducation et de convalescence. Il finira par se remettre de ses blessures et même à réintégrer son travail. « Je résiste de plus en plus mal aux acouphènes qui me torturent continuellement. Je puise au fond de mes ressources morales pour tenter de les oublier ». Le branle-bas de combat de Aïssa pour la vie n’est pas fini pour autant. Il lui faudra encore se résoudre à faire antichambre auprès d’un psychiatre, d’un urologue et d’un ORL pour soigner ses bobos. D’autres épreuves l’attendent… En fin d’ouvrage, Aïssa nous livre sa sentence à propos des crimes abjectes : « pardonner à la légère, c’est être injuste envers les gens honnêtes qui perçoivent, à travers cette action, une permissivité au crime. Même si le pardon est nécessaire, il ne doit pas intégrer dans la lutte anti-terroriste, il ne peut concerner les commanditaires de ces actes… ».

Nacer Maouche