Le bélier de toutes les convoitises

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Entendant la voix, la maîtresse de maison qui dormait toute seule dans un coin, se réveille. Croyant que c’était son mari qui faisait du bruit, en chuchotant pour ne pas réveiller ceux qui sont dans les bras de Morphée, elle lui dit :- “Achou ik youghen ay argaz lâliAf achou thestsnad’idh akkagi ?- (Qu’as-tu ô, homme ?Que cherches-tu ?)”Dans l’obscurité, le voleur lui dit tout doucement :“Ats M’ad’igh af ik’erriOulach ith d’eg adaymine a gi !”La femme étouffe un rire et lui dit :- “Thetsoudh ouaqilaYak thezlit’ tham edith – aAk’soum imelah’ yarsaD’eg chvaïlou d’i thqarnith bada !(Pauvre de toi, tu as déjà oublié que tu l’as égorgé cet après-midi et que sa viande, on l’a salée et qu’elle se trouve dans la jarre du coin du bas !)- Anda illa ouquarouï iou ?(Où avais-je la tête ?)La femme se rendort aussitôt.Le voleur s’empare de la viande et disparaît avec ses compagnons. Quelques instants plus tard, à l’instar des autres membres de la famille, qui dormaient à poings fermés, le cadet se réveille. Un pressentiment le saisit. D’instinct, il se dirige vers la jarre où la viande est censée être cachée, il plonge sa main, et pousse un cri d’effroi, et s’écrit :- “Réveillez-vous, la viande n’est plus là !”Ce fut le branle-bas de combat. La femme allume une torche. Devant leurs yeux hagards, ils voient un trou béant dans l’écurie (Adaynine). L’homme furieux d’être dupé, s’arme de sa hache et se met à courir derrière les voleurs. Leurs progression est freinée par le poids de la viande enveloppée dans un morceau de tissu.Il a tôt fait de les rattraper. Comme ils sont sur un sentier escarpé, ils prennent à tour de rôle sur leurs épaules les morceaux de viande. Le dernier à le porter, fatigué, le remet au propriétaire qui était derrière lui. Profitant de l’aubaine, il rebrousse chemin pour rentrer chez lui.Quand les voleurs arrivent dans leur repaire et qu’ils s’apprêtent à déguster la viande du bélier, ils s’aperçoivent avec consternation, que le dernier à la porter sur son dos, ne l’avait plus. Ils s’interrogent les uns les autres et arrivent à la conclusion, que le propriétaire les a suivis et a repris son bien. Ayant l’eau à la bouche, ils se mettent à la poursuite de l’homme. Comme ils n’étaient pas chargés comme lui, ils arrivent chez lui les premiers. Comme il fait encore nuit, un des voleurs s’introduit par la brèche faite dans l’étable, et attend de pied ferme l’homme porteur de viande. Dès qu’il arrive, il tend la viande au voleur qu’il prend pour sa femme, qui lui a ouvert la porte et lui dit :- “Effar ak’sum agi !(Cache cette viande). Moi, je vais boucher la brèche pour parer à toute éventualité !”Dès qu’il a le dos tourné, le voleur quitte les lieux avec la précieuse viande sur son dos.Après avoir rebouché le trou, l’homme dit à sa femme qui s’était réveillée.- “Tu as bien caché la viande ?- De quelle viande parles-tu ?- Mais de la viande du bélier que j’ai reprise aux voleurs, et que je t’ai remise tout à l’heure !- Tu ne m’as rien remis du tout !”L’homme suffoque de rage et éclate :- Je l’ai remise à eux, les maudits !Ils m’ont eu de nouveau ! Je vais courir après eux !- Non, père, s’écrit le cadet, c’est à mon tour de courir après eux et de leur enlever notre viande avant qu’ils ne l’engloutissent.- Vas-y, mon fils. Que Dieu te vienne en aide !”Le cadet armé d’une hache se remet à la poursuite des voleurs. Il les rattrape dans une clairière où ils ont allumé un grand feu. Il y avait devant eux, deux grosses marmites. Ils partagent la viande en deux parts égales, et se scindent en deux équipes de trois pour chercher de l’eau et du bois.Ils s’absentent quelques instants.Sautant sur l’occasion qui s’offre à lui, le cadet enlève des deux marmites les gigots et les met à l’abri. Quand les deux équipes reviennent sur les lieux avec de l’eau et du bois, ils jettent un coup d’œil dans leurs marmites respectives et s’aperçoivent avec effarement, que les gigots, donc les meilleurs morceaux ont disparu. Ils se regardent dans le blanc des yeux et s’accusent mutuellement de vol et commencent à se donner des coups de poings et de pieds. Non satisfaits, ils tirent leurs armes, des dagues effilées et s’exterminent jusqu’au dernier. Une fois le combat terminé, le cadet récupère la viande, et eut l’idée de fouiller les cadavres. Il eut la surprise de sa vie. Dans les vêtements des voleurs étaient cousues des pièces d’or. Il s’en empare et rentre chez lui, et remet tout à son père. Fier de l’exploit de son fils cadet, il le marie avec l’argent trouvé sur les voleurs. L’aîné est jaloux du cadet, mais s’il veut se marier, il n’a qu’à changer ses mauvaises habitudes, la paresse en premier, pour le moment, c’est l’heure de triomphe du cadet.«Our kefount eth h’oudjay inou our kefoun ir den ts emz’ine as n-elaid an en etch ak’ soum ts h’emz’ ine ama n g’a thiouenz’ iz’ ine.»(Mes contes ne se terminent comme ne se terminent l’orge et le blé. Le jour de l’Aïd, nous mangerons de la viande et des pâtes, jusqu’à avoir des pommettes rouges et saillantes).

Benrejdal Lounes

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