La Dépêche de Kabylie : Watania Télécom Algérie est entrée, en course, le 25 août 2004 en Algérie. Quel bilan faites-vous aujourd’hui d’autant qu’il a été question de » pertes » considérables dont a fait allusion le Groupe Watania dans sa dernière publication ?ll René Patoine : Nous avons commencé à opérer en Algérie bien avant ce 25 août 2004, pour, construire le réseau et mettre toutes les installations en place. Le lancement commercial du produit Nedjma datait du 25 août 2004. Cela fait exactement aujourd’hui neuf mois. Après neuf mois donc d’opérations commerciales, on a dépassé les 600 000 abonnés. On est en avance par rapport à notre plan d’affaires et même du cahier des charges. Nous sommes présents dans 24 wilayas après moins d’une année de présence. Nos activités commerciales se sont étendues dans 20 wilayas dont plusieurs communes de la Kabylie. Nedjma est aujourd’hui connue à travers le territoire national, on a participé à plusieurs évènements et on sponsorise aujourd’hui une émission télévisée. Dans le cadre de notre programme d’investissement, dont le coût est de 1 milliard de dollars s’étalant sur une période de trois ans (2005, 2006, 2007), en janvier 2006 nous aurons investi 750 millions de dollars, le prix de la licence qui est de 421 millions USD compris. Selon le cahier de charges, cette licence est payable sur trois tranches. La moitié du montant, soit 210 millions, a été payée à la signature de la licence et les deux autres tranches seront honorées respectivement en décembre 2005 et en décembre 2006, selon les modalités fixées par le cahier des charges que nous avons respecté jusque-là. Au niveau du cahier des charges on avait aussi des obligations de couverture que nous avons largement dépassé. A fin 2004, on était bien en avance et l’ARPT dans son inspection annuelle qu’elle effectue sur les opérations de couverture de réseau pour les trois opérateurs du mobile, sur les plans de l’espace couvert et la qualité de couverture, nous avons obtenu la note de 99,13%. C’est presque parfait dans l’ensemble des wilayas où nous sommes présents. Nous avons donc un réseau de qualité avec expansion très rapide. On est très fière de cela ! Pour le cahier des charges 2005, nous avons une série d’opérations de couverture de réseau dans un bon nombre de wilayas et là nous sommes bien en avance car les obligations de 2005 sont achevées et nous avons entamé le programme de 2006 du cahier de charges. Nous sommes en avance de ce que stipule ces obligations. C’est pour des raisons commerciales que nous anticipons sur les obligations. Vu que le plan commercial de Nedjma est très agressif, on s’est rendu compte plus on couvre rapidement, mieux c’est pour nous. On voit que c’est préférable d’aller plus en avance que le cahier des charges ! Concernant le bilan, c’est normal que dans notre première année d’existence, les résultats s’avèrent négatifs. Il faut savoir que le groupe Watania est une entreprise cotée en bourse. Sur les huit opérations qu’il détient à travers le monde, l’opération Algérie est nouvelle. L’investissement se fait graduellement, pour installer la filiale WTA, on ne peut pas considérer cela comme des pertes. Car le retour d’investissement attendu amortira les revenus de l’entreprise. Les professionnels du secteur connaissent cela. A la première année d’opération, on n’est jamais gagnant. Car si on enregistre des bénéfices, cela veut dire qu’il y a magouilles ! La mise en place de notre système nécessite des fonds énormes et à ce moment-là, les installations du réseau pourront être rentables. Les installations qu’on a faites, par exemple à Tizi Ouzou, existent aujourd’hui, elles seront là, l’année prochaine et l’année d’après. Elles nous ont coûté chers lors de leur installation mais elles seront rentable pour nous après. Pour cette première année on est en phase de construction. On avait zéro employé au départ, maintenant, on se retrouve avec 1000 employés. La formation des travailleurs, les locaux dont le siège de la direction qui a été complètement réaménagée, les cinq bureaux que nous avons ouvert à travers le territoire national, le call-center nous ont nécessité des investissements lourds qui seront là pour le long terme. Pour le groupe Watania, c’est tout à fait normal qu’on ne dégage pas des bénéfices pour une première année. Selon notre plan d’affaires de 10 ans, on aura un retour d’investissement appréciable. Car lorsqu’on investit autant, ce n’est pas pour dégager un profit la première année. Il faut croire en l’économie d’un pays et, quand on investit autant, il faut du temps pour récupérer. C’est la philosophie !
L’environnement économique en phase d’assainissement ne vous a pas affecté dans la réalisation de vos projets ?ll Dans nos programmes, on a prévu un scénario selon lequel devraient se déroulaient les opérations d’implantation de notre réseau. On n’a pas eu de surprise. Les règles d’investissement mises en place, ces dernières années, par l’Etat algérien nous ont beaucoup facilité la tâche. Les autorités concernées nous ont beaucoup aidés. Pas de soucis majeurs !
Une concurrence assez féroce caractérise ses derniers temps le marché du mobile, pour augmenter ses parts de marché, n’envisagez-vous pas aujourd’hui une autre baisse des prix de la communication ? ll Je crois que dans l’avenir, il y aura des baisses des prix de la communication. Les tarifs pratiqués aujourd’hui par Nedjma ou par nos concurrents sont conformes aux standards internationaux. L’heure en revanche est à la segmentation du marché. Le lancement de la carte Star vise justement ce but. Une carte qui compte énormément d’attributs qui intéressent seulement une frange de la population, les jeunes.Pour ce qui est des prix, si l’on remonte un peu dans le temps, à la période d’-avant Nedjma, toutes les baisses opérées concernaient les prix d’accès à une ligne mobile. Les prix de la puce étaient très élevés au départ, on parlait de 25 000 dinars. Graduellement, elles ont diminué. Quelques mois avant notre arrivée, d’autres baisses ont été effectuées mais sur les prix d’accès. On est venu avec une vision nouvelle en introduisant pour, la première fois, sur le marché du GSM les nouvelles technologies du portable notamment le multimédia. L’objectif visé est de démocratiser le mobile en donnant la possibilité à tout abonné d’utiliser et d’accéder à tous les services du multimédia avec des barèmes de tarification conformes au standards internationaux pour diminuer ainsi de l’ampleur de la culture du » bip « . Un phénomène dû essentiellement à la hausse des prix de communication à l’époque. Nedjma s’est mise en place avec une tarification très agressive. Rapidement, les concurrents étaient contraints de s’aligner et on a assisté à une chute vertigineuse des tarifs d’accès de d’appel. Je suis fière d’avoir participé à la démocratisation du mobile. Je pense qu’on a vraiment contribué à la concurrence. Ce qui a permis aux Algériens aujourd’hui, d’accéder à des prix de communications à l’instar de ce qui ce pratique ailleurs dans le monde. Je ne crois pas qu’il y aurait des baisses à l’avenir. Notre politique de l’offre est axée aujourd’hui sur la segmentation du marché. Et dans la politique de segmentation les tarifs sont fixés selon la demande et selon les besoins du client qui détient le choix des offres. Des offres pour des jeunes, d’autres pour des entreprises et même pour ceux qui communiquent énormément, on leur fait une offre dont le taux réduction des tarifs peut aller jusqu’à 50%. Comme la carte Star placée sur le marché le 25 avril dernier, donne la possibilité de communiquer avec 5 numéros favoris avec une réduction des tarifs d’appel de 50%. En plus, chaque appel reçu, quelle que soit sa durée vous permet de gagner un crédit de communication gratuit. Vous avez pour deux minutes par exemple un crédit de 1 dinar. C’est au client de faire son choix selon ses besoins.
Pour le roaming, où en êtes-vous dans les négociations avec les partenaires?ll Il faut savoir qu’en Algérie, 90% des abonnés à la téléphonie mobile sont en prépayé. Le roaming est offert par Nedjma et ses concurrents sur le service post-paid. Il faut savoir, qu’actuellement, il existe un seul opérateur en Algérie qui offre le service roaming pour le service prépayé, et, c’est Nedjma. Si vous avez une carte Nedjma prépayée, vous allez en France, en Tunisie ou ailleurs, vous pouvez émettre et recevoir des appels avec votre carte prépayée. Le service en prépayé a été lancé le 25 avril 2005. Nous avons des partenaires en France, en Tunisie, en Belgique, au Koweït et bientôt on aura une dizaine de pays qui vont entrer en interconnexion. Nos concurrents proposent le roaming en post-paid. Pour ce service, on est en négociation avec 175 opérateurs à travers le monde dont la France avec SFR et Bouygues Télécom. Comme on est le seul opérateur multimédia en Algérie, on a été sollicité souvent par des opérateurs étrangers pour le roaming. Avec certains, on a déjà signé des ententes. Aujourd’hui, il y a 50 partenaires dont le roaming en post-paid est opérationnel. Avec le roaming, il faut préciser que la première étape consiste en la signature d’un accord avec un opérateur d’un quelconque pays et la seconde c’est les tests techniques. Donc, pour Nedjma, on a signé des accords dans 175 pays et on est opérationnel dans 50. Ce sont des accords bilatéraux avec les partenaires. C’est-à-dire que l’abonné Nedjma peut utiliser sa ligne en France par exemple et l’abonné de l’opérateur avec lequel on est en accord peut utiliser sa puce en Algérie.
Interview réalisée par Sabrina Bouras
