Les soirées ramadhanesques se suivent et se ressemblent à Tifra. Cette platitude vespérale de ce mois de carème a fait dire à un militant démocrate qui suit de très près les évolutions sociales de pays : « Nous sommes en train d’assister à une véritable révolution dans nos mœurs, nos ramadhans ne sont plus ce qu’ils étaient, beaucoup de choses ont changé, à la négative, bien- sûr et dans quelques années, on ne reconnaîtra plus le visage de notre pays ».
Pour lui, les raisons de ce bouleversement est à chercher dans l’ouverture démocratique mal assumée de 1988. Qu’on assiste à une révolution des mœurs ou à une période de flottement passagère, le fait est là, le mois de jeûne, pour presque toute la population, n’a plus le goût et la ferveur d’antant. S’il est vrai que la mosquée a gagné énormément de fidèles et qu’elle ne désemplit pas pendant les prières nocturnes (El Aïcha et Tarawih), la réalité sociale, cependant, est très amère. La foi profonde en Dieu, les bonnes œuvres, les liens de fraternité, la solidarité que se partageaient, auparavant les membres de nos communautés villageoises notamment pendant le ramadhan tendent à disparaître pour laisser place à un individualisme de mauvais aloi, à un bigotisme et à un mimétisme primaire. L’animation culturelle est inexistante ; ni l’APC, encore moins les quelques associations culturelles ou sociales de la région qui continuent à exister n’ont pensé à programmer quelques activités pour dérider les gens et égayer l’atmosphère. Le défaitisme, le pessimisme, le fatalisme se sont emparés de presque tout le monde « Allah ghaleb ! » lance l’un, « on ne peut rien faire, tout le pays est malade, que voulez-vous qu’on fasse ! » renchérit un autre. « Que voulez-vous, on joue l’air du temps, tout le monde est démobilisé, pour redonner l’espoir aux gens, l’envie d’entreprendre… le goût de vivre quoi ! c’est très difficile ! » note encore un autre. Les capacités combatives des gens énormément diminué, on ne veut plus s’occuper que de ses petites affaires que des affaires de la cité. Résultat de cette fuite de responsabilités, un désert culturel et de l’ »inertie » en abondance. Le semblant d’animation qui se remarque, une heure après le f’tour notamment dans les cafés de la région, s’estompe rapidement pour replonger les villages dans leur morosité. les discussions au café tournent le plus souvent autour des prochaines élections. Quels sont les partis qui vont participer à ces élections ? quels sont ceux qui ont finalisé leur liste de candidatures ? qui sont les têtes de listes ? C’est le seul sujet important développé dans ces palabres nocturnes autour d’un café ou d’un thé. Sinon, on se rabat sur l’éternel jeu de dominos ou un autre jeu de carte pour meubler quelques heures de sa soirée.
Boualem B.