« Certains cherchent remède à son mal, d’autres lui cousent un linceul », constatait déjà, au début de l’aventure terroriste, le poète Aït Menguellet. « Lui », c’est le pays ; c’est l’Algérie. Rien ne semble, en tout cas, réglé de façon définitive quant à cette dichotomie qui a servi de vivier à l’Algérie de la fin du 20e siècle et celle qui inaugure le nouveau millénaire.
Scandalisée au plus haut point d’avoir perdu, il y a exactement une année, le président de l’APW de Tizi Ouzou dans un attentat terroriste en plein mois de ramadan, la Kabylie a appris à vivre depuis cette date, avec une quotidienneté qui ne se dément guère, au rythme d’une activité terroriste au moment où sur le reste du territoire un net recul de la subversion a été enregistré. Certes, chacun y va de son analyse pour expliquer cet acharnement. Cependant, une chose semble acquise : la Kabylie constitue un enjeu de taille sur l’échiquier politico-sécuritaire algérien. C’est en quelque sorte la plate-forme à partir de laquelle est censé être annoncé le triomphe ou l’échec de l’un ou l’autre camp qui travaillent le corps de l’Algérie.
Malgré les efforts et les sacrifices de milliers de ses enfants, l’Algérie n’est apparemment pas encore sortie de ce fatidique choix qui renvoie les échéances d’une stabilité politique et d’une prospérité économique aux calendes gracques. Même le formalisme politique consistant à organiser des élections pour renouveler le personnel à la charge des affaires publiques ne semble pas épargné par la décrépitude générale qui frappe les bases de la république. Au lendemain des élections législatives du 17 mai où les deux ‘’courants » victorieux ont été l’abstention et l’islamo-conservatisme, un climat de morosité hante toute la société et finit par pousser le courant républicain-très peu représenté dans la nouvelle Chambre basse-à s’interroger sérieusement sur les raisons de la déconvenue. À cette occasion, la ‘’Coordination républicaine pour un changement démocratique moderne », lors d’une réunion quelques semaines après le scrutin, n’a pas hésité, en plus des responsabilités qu’elle fait incomber au pouvoir, à faire son autocritique pour n’avoir pas « su capter l’attention des électeurs ».
Cependant, dans le contexte social, culturel, éducatif et économique de l’Algérie de 2007- caractérisé par un recul de la conscience politique, la poursuite de la gestion clientéliste de la rente, l’échec patent de l’école républicaine et la montée en puissance d’un mysticisme faisant plonger la société dans une espèce de déréliction humaine-, il serait sans doute malvenu de s’auto flageller. Les défis sont à la mesure de ces handicaps historiques qui grèvent les structures de la société.
Le besoin de libération culturelle et politique, les impératifs d’une justice sociale par laquelle seraient équitablement répartis les fruits non pas de la rente, mais de la plus-value sociale issue d’une économie de production, bref, toutes ces nécessités matérielles et spirituelles qui fondent la citoyenneté sont confusément ressenties par les populations et revendiquées parfois dans l’anarchie des barricades et des sièges d’APC fermés par les insurgés.
Sur ce point précis, l’on ne manquera pas de constater le climat affligeant dans lequel se préparent les élections locales du 29 novembre prochain. Aucune partie ne semble échapper aux griefs de la société. Les partis dits démocratiques, en établissant des listes sans démocratie au risque de marginaliser des compétences avérées, reproduisent, à n’en pas douter, les réflexes de l’ancien parti unique.
Quant à l’administration, à laquelle il est reproché des obstructions flagrantes tendant à empêcher des candidatures précises, son jeu ou son mauvais jeu n’émeut et n’étonne personne.
A ce rythme, le risque d’une nouvelle abstention massive à ces élections n’est pas à écarter malgré l’optimisme du ministre de l’Intérieur qui prévoit une participation honorable vu le caractère de proximité qui caractérise ce scrutin (c’est comme si les législatives, auxquelles on dénie le caractère de proximité, étaient destinée à désigner une fantomatique assemblée ‘’métropolitaine »).
Sait-on que toute suspicion de manque de sérieux ou de légèreté qui pèserait sur les élections- celles du 29 novembre ou d’autres échéances- ne fera que renforcer le camp des sceptique, pire, le camp de ceux qui veulent démontrer qu’ils ont raison de s’en prendre aux fondements de l’Etat et qui ont choisi, pour cette fin, leurs moyens de lutte en dehors de voies et règles que l’espoir démocratique a pu insuffler chez l’élite du pays et dans la majorité des franges de la population pour une finalité autrement plus noble.
Amar Naït Messaoud
