La Dépêche de Kabylie

Günter Grass célébré à l’occasion de ses 80 ans

L’Allemagne rendait mardi un hommage appuyé, à l’occasion de ses 80 ans, à son plus célèbre écrivain, le Prix Nobel de littérature Günter Grass, et ce malgré la récente révélation par l’auteur de sa jeunesse dans les Waffen-SS. De nombreuses personnalités politiques ou artistiques ont adressé un message de félicitations à l’écrivain octogénaire, tandis que tous les journaux revenaient longuement sur le parcours de cet intellectuel engagé à gauche, et qui a souvent pris position dans le débat public, dénonçant volontiers les anciennes compromissions d’une partie de la classe politique conservatrice d’après-guerre avec le régime nazi.

« Ecrivain le plus connu d’Allemagne, vous êtes devenu dans le monde entier le visage de la littérature allemande », a écrit le président Horst Köhler dans son message de félicitation. « Vous avez contribué à ce que notre culture acquière une nouvelle considération après le Troisième Reich et la guerre, et je vous en remercie », a-t-il ajouté. La chancelière Angela Merkel a rendu hommage à l’auteur d’une « oeuvre impressionnante », ainsi qu’au « combattant politique » qui s’est « engagé pour les droits du citoyen ». « L’Allemagne a besoin de gens comme vous, qui s’engagent avec passion », a renchéri le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier.

Dans le quotidien Frankfurter Rundschau, l’écrivain américain Philip Roth, lui-même souvent cité pour le Nobel, signe un très long hommage à Grass, titré Mon héros, mon modèle. « C’est en lisant Dickens que j’ai voulu devenir écrivain, mais c’est la lecture du Tambour, lorsque j’avais 19 ou 20 ans, qui m’a montré comment le devenir », explique l’auteur américain. Parmi les nombreux dossiers consacrés au héros du jour dans la presse, celui du quotidien de gauche taz, connu pour son impertinence, se distingue: toutes les photos du journal ont été truquées pour rendre un hommage insolite à l’écrivain… et à sa moustache touffue. En page politique, les délégués du Parti communiste chinois, réunis pour leur congrès, portent la moustache « à la Grass », de même, en pages « culture », que la chanteuse américaine Joan Baez. Günter Grass avait provoqué un vif débat en été 2006 en révélant, dans son dernier livre Pelures d’oignon (récemment paru en français), qu’il s’était brièvement enrôlé dans les SS à la fin de la Seconde guerre mondiale, à l’âge de 17 ans. Cet aveu, par son caractère tardif, avait fait scandale et déçu nombre d’admirateurs. Revenant dans une récente interview sur cet épisode de sa vie, Grass a reconnu une « faute par omission » pour « n’avoir pas posé les questions » qu’il aurait dû se poser à cette époque.

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