Ni le temps plutôt maussade, ni les aléas de la vie, n’ont pu venir à bout de l’inébranlable volonté des Syphax de renouer avec la scène artistique. Ils étaient là, ils sont déterminés, plus que jamais, à apporter leur pierre à l’édification d’une nouvelle chanson kabyle. A l’instar de tous les anciens groupes de musiques kabyles, le groupe Syphax signe son retour avec un nouvel album. Cet album en question a été enregistré en 1978 à Paris, c’est ce qui ressort du point de presse qu’ils ont animé le week-end passé à Alger. Chabane et Samy, quinquagénaires mais armés d’une volonté juvénile, ont dressé la situation d’avant la naissance de Syphax, nom du légendaire roi berbère. Issus du groupe » les Abranis « , qu’ils quittèrent quelques années plus tard, faute de visions, ils fondèrent le groupe, » Syphax « . Les piliers de ce groupe assurent que la naissance de ce groupe se voulait une rupture avec les sentiers suivis par les artistes kabyles. Abordant la chanson kabyle, Chabane et Samy regrettent qu’elle soit à la merci du bricolage. Ils estiment qu’elle est restée confinée dans un amateurisme sans limites. » Nous avons voulu apporter un nouveau genre « , ont-ils assuré. L’album enregistré en 1978 a sombré dans l’anonymat. Hormis quelques exemplaires distribués sous le manteau, il est resté jusqu’au jour d’aujourd’hui méconnu du grand public. Les raisons de sa mise à l’ombre ont été abordées par les deux conférenciers qui n’ont pas hésité à expliquer que certaines filouteries ont entouré leur production. D’emblée, les conférenciers ont relevé que la chanson kabyle est en stagnation. Ils n’ont pas hésité à fustiger ceux qui » ressassent » les mêmes thèmes sous des airs d’animation folklorique.
Ayant côtoyé de près les grands artistes kabyles des années 70, Syphax, cet enfant prodige né de la matrice esthétique du blues et du rock, signe son nouvel album d’une main de professionnel. Fustigeant un comportement sociétal désuet, en casseurs de tabous, Syphax évoque l’amour interdit dans la chanson, Di Ssin Yidsen. Avec une musique fraîche et neuve, Syphax bat en brèche les idées reçues, il innove sans cacophonies, il prédit sans heurts et chante sans limites. Dans un tour d’horizon, Chabane, Samy, Makhlouf et Mahdi chantent les souvenirs de guerre, les maux de l’exil, la beauté des femmes, l’identité, la Berbèrie et les affres des séparations…
Les mélopées de Syphax sont un ensemble homogène à consommer sans modération. Des airs nouveaux échappant au temporel. Des tons sans temps, des paroles métisses, où s’entremêlent, colère de poète, sensibilité artistique et espoir épicurien. Les piliers du groupe Syphax sont des personnalités différentes mais complémentaires. Ils partagent la passion de mélomanes, l’amour du renouveau et l’inimitié de l’ostracisme.
En défricheurs de terrains, ils auscultent leurs verves, leurs mélodies afin de redonner un nouveau souffle, un coup de starter à une chanson kabyle vouée à l’omnipotence de l’imperfection.
L’album de Syphax sera sur les étals avant la fin de l’année, une occasion pour les férus de la musique d’apprécier un mélange de belles paroles rehaussées par des de mélodies sans frontières. Sans concessions, l’album de Syphax chatouille les tréfonds d’une société à la croisée des chemins, cernée entre les tabous légués et une ouverture utopique.
Tout en assurant que son retour est imminent, Syphax saura booster la chanson kabyle, celle à qui nos espoirs restent liés.
Mohamed Mouloudj
