On sait ce que ça en a coûté comme quolibets et surtout comme résultat électoral à Ségolène Royal de « se tourner vers les Français » à chaque fois qu’elle a manqué de proposition sur un sujet important ou cafouillé dans sa réponse à une question sensible. Les adversaires de la candidate socialiste à l’élection présidentielle ont sauté sur l’aubaine pour dire qu’ils ont, eux, des idées sur tout et des réponses à toutes les interrogations, les analystes ont relevé le « manque, l’inconsistance politique et intellectuelle de Madame Royal et bien sûr, les camarades socialistes, postulants malheureux aux primaires du PS, ont ri sous cape pour dire qu’il y avait quand même meilleur choix pour porter les couleurs de la famille”. Les Français, quant à eux, se sont exprimés par le vote et ils ont choisi un président qui les a convaincus par ses idées plutôt que la candidate qui voulait les caresser dans le sens du poil pour solliciter leur confiance. Et s’ils n’ont pas particulièrement apprécié le fait de
« se tourner vers eux », c’est qu’ils ont une autre idée de la politique. S’il s’agissait juste de sonder les citoyens ordinaires pour élaborer un programme et un discours, la politique serait trop facile et les hommes qui la font inutiles. Dans un autre pays, le nôtre en l’occurrence, un autre contexte et d’autres conditions, ce genre d’ « options » est monnaie courante. Le dernier à s’en revendiquer est l’inénarrable Karim Tabou. Faussement humble, le secrétaire national du FFS répondait ainsi à la question d’un journaliste qui lui faisait une fleur inespérée en suggérant que les Algériens auraient suivi le mot d’ordre de boycott de son parti : « Soyons réalistes et modestes, ce n’est pas le peuple qui a suivi le FFS, mais le FFS qui a suivi le peuple » ! En plus du problème de timing qui fait qu’on ne sait pas si M.Tabou « a suivi le peuple » avant les élections, ce qui est difficile, ou après, ce qui est inutile, cette sortie renvoie, au-delà de son caractère grossièrement populiste, aux incohérences de certains choix de ce parti et surtout à la faiblesse de l’argumentation, censée les expliquer, de ses plus hauts responsables. On ne va pas aux législatives donc parce que les lois se font ailleurs et que le pays est une
mégacaserne, mais surtout parce que le peuple ne vote pas. On participe aux locales parce que les mairies et les wilayas sont de véritables petites merveilles de microrépubliques, démocratiques et promises à une prospérité imminente. Et le peuple ira donc voter, non pas parce que le FFS l’aura convaincu, ce qui n’est ni « réaliste », ni « modeste », mais parce que son intuition infaillible fait qu’il a toujours raison. La preuve ? Karim Tabou va encore le suivre. Il restera quand même le problème de timing. Avant ou après le 29 novembre ?
S.L.
Du coq à l’âne : Elle est vraiment gentille la récréation démocratique de l’ENTV. Cadrages à effet de foule, questions gênantes soigneusement évitées et équité stricte en matière de tranches horaires. Ce n’est pas vraiment ce qui est attendu par les téléspectateurs, mais qu’importe. La télé publique, ce n’est quand même pas pour eux !
salimlaouari@yahoo.fr
