Mohamed Iguerbouchène ou l’impardonnable oubli d’un maestro

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Organisés par l’association portant le nom de l’illustre musicologue précité, les festivités se sont déroulées à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou et à son village natal Aït Ouchen (Aghribs), en collaboration avec la Direction de la culture de la wilaya.

Le parcours qu’aura empreinté le petit Iguerbouchène est aussi légendaire que le nom de son village Aït Ouchen qui le verra naître un certain 13 novembre 1907, après le retour au bercail de ses parents exilés à La Casbah d’Alger depuis 1971, fuyant la misère et la répression coloniale. Il aurait dû rester avec la flûte de berger comme tant de ses pairs au village, si ce n’est le retour de ses parents à Alger vers 1917. Sur sa flûte modeste, il reprenait avec aisance les airs qu’il entendait à l’école, Sidi M’hamed où il suivit des cours de musique donnés par la mission protestante et souvent il se rendait au quartier Bressou (square Saïd) pour écouter les quatuors… C’est là qu’il attira l’attention d’un Ecossais, Frasr Ross. Probablement, les airs mélodieux dégagés par la flûte du petit montagnard titillaient sa fibre nostalgique, étant loi de son pays.

En 1919, M. Zguerb effectue, en compagnie de Ross, son 1er voyage vers l’Angleterre. A 15 ans donc, il est le nouvel hôte de la Grande-Bretagne où il est accueilli à bras ouverts. Il suit des études académiques en musique, sous la houlette du professeur Levingston, au Norton College de Londres, où il apprend la littérature, l’anglais, le latin et la philosophie. Au cours des années 20, il étudie la musique occidentale, il réussit avec brio le concours d’entrée à la fameuse académie Royal of Music.

Pris en charge par l’unique professeur Alfred Cynfeld au niveau du Conservatoire supérieur de Vienne, il y apprend le théâtre du contrepoint et de l’harmonie.

En 1925, il est à l’école des langues orientale à Paris, le 11 juin de la même année, il signa sa consécration. En effet, il se produit sur le lac Constance, à Bregeuz, dans l’Etat libre de Bâle, en Autriche. Il a 19 ans quand il séduit son public par deux rhapsodies mauresques sur des thèmes typique et algérien, dont l’une en arabe et l’autre en kabyle. Il obtient le premier prix de composité et celui d’instrumentation et de piano. Son périple ne s’arrêta pas là ; il se poursuit en Italie, en Allemagne et en Suisse. Il disait de lui-même, “lorsque j’écris de la musique, je suis dans un tel état de surexitation que j’ai de la fièvre. Il m’arrive aussi de pleurer”.

Mohamed Iguerbouchène, imprégné du riche patrimoine ancestral, ne cessait d’évoluer, de créer à tel point que sa notoriété et son talent deviennent incontestables. On a même voulu faire de lui un Russe, il fut appelé Igor Bouchene. Il totalise à son actif plus de 600 œuvres. Il a contribué à l’utilisation des rythmes sud-africains (samba-ramba) dans les chansons algériennes tels El Anka, il n’avait nullement l’air d’un dépaysé ; même s’il n’a pas arrêté de sillonner le monde. Ce qui, selon des témoignages, a fait son œuvre, soit éparpillé aux quatre coins du monde. Il totalise 165 rhapsodies, plus d’une centaine de compositions, entre symphonies, poésies, ballets et les prodigieuses algériades de 1962. Aussi, il est l’auteur de 10 scénarios, 20 courts métrages, 40 chants d’amour, plus de cent et quelques mélodies à titre d’exemple : en 1956, à l’opéra de Paris, 80 musiciens ont exécuté “Aventure”, “Une nuit à Grenoble” rhapsodies produites en l’honneur de Mohamed V.

Passant du folklore à la musique universelle d’égremet, Iguerbouchène a hissé son talent au podium des maestros incontestables et immortels. Quoique, dans son propre pays son œuvre demeure méconnue autant que lui-même, les pays qui l’ont accueilli, France, Grande-Bretagne, Suisse, Autriche… lui ont réservé une place de maître. Par ailleurs, les retours au bercail qu’il effectuait à Alger étaient une aubaine pour de nouveaux artistes, il est le précurseur de Salim Hallali, Ahcène Mezani, Rachid Ksentini, Mohamed Stambouli et tant d’autres.

Aussi, Mohamed Iguerbouchène était un fervent partisan de l’Indépendance de son pays. En 1956, il déclina d’aléchantes propositions des films cinématographiques pour répondre à l’appel du congrès de la Soummam et s’investir dans la lutte pour l’indépendance. C’est là qu’il sévit chef d’orchestre et compositeur à la Radio Music du monde des pays arabes et de l’Inde.

Rachid Mokhtari, dans sa conférence intitulée Vie et œuvre de Med Iguerbouchène dira que certes, il est utile de rendre hommage aux hommes de son envergure, tel qu’aujourd’hui, mais cette manière semble être dépassée (…) il a légué une riche école, un patrimoine dont la discographie n’est pas encore établie. Une stèle a été inaugurée à son village natal à Aït Ouchen en présence du directeur de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou, Ould Ali El Hadi qui a promis de faire le nécessaire pour que sa maison natale sise à Tighilt soit promue en patrimoine. Enfin, notons qu’un portrait de l’artiste a été réalisé par A. Tighilt, étudiant à l’école des beaux-arts d’Azazga dont le talent est prometteur.

Kessi Ahmed

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