Queue leu leu devant chez Kaci l’angoisse. Les Ait R’gad viennent féliciter le nouveau maire. Yerna, ils ne viennent pas les mains vides : d tiqecwalin n tmellalin, d tighrfin ouencore d tacekkart d kilu. La mère de Kaci est aux anges. C’est la première fois, depuis la naissance de son fils, il y a 56 ans, que axxam est en fête. C’est les larmes aux yeux qu’elle offre, mebla cceha, lqahwa tabudalit à tout le monde. Elle aurait aimé que son défunt mari, tombé au champ d’honneur, soit de ce monde pour partager avec elle ce bonheur inespéré.
L’Angoisse reçoit ses invités dans la cour. Les mah mah n’en finissent pas. Lbachir water-closets – il doit son surnom au fait qu’il s’occupe des toilettes publiques à Tizi-ouzou- est tout particulièrement congratulant :
– Je suis heureux pour toi Kaci. Wellah am akken d nek i iâeddan d lmir.
– Merci, mon frère !
– Tura, je suis sûr que tu vas t’occuper de nous autres.
– Mais, tu gagnes bien ta vie Lbachir !
– Détrompes-toi. Les toilettes ne rapportent plus comme avant. Tu sais, les gens mangent de moins en moins et quand il s’agit de se soulager, ils ne se gênent pas à aller le faire contre les murs des édifices publics.
Sadiya n l’euro profite de l’opportunité pour parler de son comité de soutien à Enrico Macias. Après avoir fait le tour de la question et des visiteurs, elle va s’asseoir à côté de Kaci :
– Tu invites, pour demain, le village à un grand couscous
– Mais…
– Ulac mais ! je me charge de tout. Je te demanderai seulement…
– Quoi ?
– Maintenant que tu es maire, il te faut une femme.
– Mais… à mon âge…
– Nnigh-ak, ulac mais ! je m’occupe de ça aussi.
Et voilà le souvenir de Wezna, son amour clandestin d’antan, qui remonte en surface. « Ih Wezna mm leâyun », revient Kaci l’angoisse de loin.
*Wezna taqendurt n cac
Tin ur d-xad tsegnit
Wezna am nettat ulac
Yes i tekfa ddunit
Wezna ma tedsa-d ghur-k
Ghas efk yiwen wass di leêmer-ik
Wezna ma tuza-d ghur-k
Efk Aseggas di leâmer-ik
Wezna ma thennec-d ghur-k
Ghas helli-tt-d s irebbi-k
T. Ould Amar
