Les locataires des bâtiments de la place du marché ne cessent de se plaindre des conditions désagréables liées à leur environnement. De jour comme de nuit, ils sont agressés directement par toutes sortes de nuisances. S’ils acceptent les bruits de klaxons et des moteurs, lot quotidien des habitants de toutes les villes, les vagissements nocturnes de clochards et autres noctambules dépassent l’entendement. « Nous sommes obligés de garder toutes les ouvertures fermées pour ne pas entendre toutes ces obscénités proférées jusqu’à une heure avancée de la nuit », nous avoue un riverain. Les jours de marché, deux fois par semaine, les vendeurs à la criée n’ont pas d’horaire pour commencer à appeler les clients de toutes leurs forces. D’autres trouvent mieux : l’utilisation d’un mégaphone leur permet de faire entendre leurs discours à toute la ville. Le message ainsi diffusé, dépasse à certains moments, la limite de la décence, particulièrement lorsque les « toubibs » du marché vantent à qui veut les entendre les bienfaits de leur potion pour soigner l’impuissance ou autre discours que la morale réprouve. Ils oublient que même si le marché est fait pour « les hommes », leurs paroles arrivent aux oreilles des enfants et des femmes habitant juste un étage au-dessus. « Je ne peux ouvrir, de peur des insanités que je risque d’entendre en présence de mes proches », ajoute notre interlocuteur. Par ailleurs, l’enlèvement des ordures qui jonchent la rue ainsi que ces eaux noirâtres que nous avons remarquées devant les immeubles, ajoutent leur piment à ce triste décor. « Moi qui pensais trouver un certain confort en ville, j’ai vite déchanté. Notre village est un havre de paix comparé à ces commodités offertes par la ville ». Certains, les plus nantis, sont rentrés dans leurs villages, fermant carrément leurs logements. Si l’on prend en ligne de compte l’affaissement qui menace cette partie de la ville comme l’épée de Damoclès, « les citadins » de Michelet ont de quoi regretter de s’y être installés.
Nacer B.
