Voulant informer le wali de tous les problèmes que vit le chef-lieu communal d’Aït Bouaddou, une réunion des représentants du village s’est tenue pour débattre des problèmes cruciaux que vivent quotidiennement les habitants d’Aït Bouaddou, une commune déshéritée. La dernière visite dans cette commune par le wali remonte aux années 1980. Après une longue concertation, une liste de revendications qui sera portée à la connaissance du wali a été élaborée. Il s’agit selon la plate-forme de revendications non datée, des problèmes liés directement au quotidien des citoyens qui se sentent de plus en plus délaissés par les autorités compétentes. Il s’agit de l’éclairage public « qui est à revoir et à compléter », l’assainissement (extension du réseau existant), la révision du réseau de distribution d’eau potable, l’aménagement des fontaines. A ce titre, selon toujours la plate-forme de revendications, plusieurs réclamations adressées à l’APC sont restées sans suite. Le problème de l’entretien et aménagement des pistes agricoles ainsi que le bitumage des routes a été posé. Afin de désenclaver certaines localités, le comité propose l’ouverture d’une piste vers le cimetière « Taghzout », et l’ouverture d’une autre piste qui va mettre fin à l’enclavement d’une centaine de familles à Ighil Bourmi. Aït Bouaddou avec ses 13 913 habitants, selon le recensement général de la population et de l’habitat de 1998, enregistre un taux record de chômage, qui est de l’ordre de 30 à 35% selon les estimations de l’administrateur communal que nous avons rencontré en octobre 2004. Pour atténuer un tant soit peu ce phénomène, le comité propose la construction de locaux commerciaux, ainsi que diverses autres réclamations ayant trait à l’autoconstruction, l’acquisition d’une ambulance et l’augmentation de la capacité d’énergie du transformateur actuel. Sur le plan de prise en charge de la jeunesse, aucune infrastructure de jeunesse ou culturelle n’est disponible au niveau du chef-lieu. L’unique stade communal est occupé par l’ANP qui en a fait un campement. La jeunesse reste livrée à elle-même. Plusieurs phénomènes sociaux ont fait leur apparition (drogue, alcoolisme) suivis d’un autre phénomène plus grave : le suicide. Pour essayer d’occuper un peu plus les jeunes dans des activités culturelles et sportives, le comité de village propose la construction d’une maison de jeunes au lieu et place de l’ex-cantine scolaire qui est dans un état de délabrement avancé. Bâtie en 1968 par les notables du village, l’ex- cantine était la fierté de tous. Elle faisait office de salle de cinéma, tennis et autres loisirs initiés par le directeur de l’école de l’époque, M. Jean Michel Collinet. Le problème de l’environnement qui n’a pas été retenu dans la plate-forme de revendications du comité se pose pourtant avec acuité au niveau de la commune. Chaque village dispose de son dépotoir où l’on jette pêle-mêle, ordures domestiques, plastiques, ferailles et des produits toxiques qui rejettent dans l’atmosphère leurs matières nocives. Sur le plan de l’agriculture, l’Etat doit intervenir pour mécaniser l’agriculture rurale. Demander à ces jeunes peu habitués aux travaux des champs, d’entretenir figuiers et oliviers avec les moyens rudimentaires de leurs parents, revient à demander aux Egyptiens de reconstruire leurs pyramides. Heureusement qu’il y a les émigrés et surtout les retraités. Sans l’apport en devises fortes de cette catégorie, beaucoup de personnes sombreraient dans la misère, faute d’emploi sur place et d’investissements publics ou privés. Des jeunes pour gagner leur vie se voient contraints d’aller chercher ailleurs ce besoin élémentaire. Les plus nantis s’envolent vers l’étranger (France, Afrique du sud). Beaucoup de jeunes travaillent aussi au sud dans le cadre de la sous-traitance. Certains ont payé jusqu’à 2 millions de centimes pour décrocher un poste précaire.
M. Ouaneche
