La Dépêche de Kabylie

La déforestation continue

Ils nous rappellent aussi, avec tristesse, que la saison hivernale est devenue, depuis quelques années, synonyme de déforestation. Si on s’offusque des ravages occasionnés par le feu, on ne doit pas oublier, le travail irréversible accompli par la scie. Petit à petit, inexorablement, les arbres tombent un à un (ou deux par deux, qu’importe) et repoussent toujours plus loin les limites de la forêt. De quel côté que l’on se tourne, au bord de la route ou au plus profond des bois, les troncs, vestiges de ce qui fut des arbres, il y a peu, témoignent que la main de l’homme est passée par là. Le travail entamé par le feu, en été, est achevé par ces machines, dont le bruit à la limite du supportable, ne cesse qu’à la tombée du jour. C’est par camions entiers que l’on transporte les réserves de bois pour parer au froid durant plusieurs mois. Cette force destructrice est loin de s’estomper. Au contraire, elle ira, sans cesse grandissant, tant qu’une mesure dissuasive ne vient pas y mettre fin. Rien n’encourage les citoyens à opter pour un autre combustible. Ni le gouvernement ni « les Verts » d’occasion, ne crient au scandale. Pourtant, bien que ce soit pour d’autres raisons, l’Etat encourage les habitants du Sud à utiliser l’électricité en leur proposant un abattement sur les factures d’énergies. On préserve les bourses des citadins en mettant le gaz naturel à leur disposition. Pendant ce temps, les montagnards paient la bonbonne de gaz à 210,00 et le litre de mazout à 15 dinars. Ceux qui ne s’en servent pas, ignorent le coût de revient du chauffage au fuel pour chauffer un petit appartement moderne de trois pièces, il faudrait par moins de vingt litres de ce précieux liquide par jour. La plupart des maisons construites à l’ancienne ont besoin d’un appareil de chauffage par pièce. Un simple calcul nous fait hérisser les cheveux car ils ne sont pas nombreux les pères de famille qui peuvent se permettre un budget mensuel de plus de huit mille dinars pour seulement, chauffer leur maison. Si certains ont suffisamment de ressources pour se permettre le chauffage central, « les moyens et les bas salaires », n’ont d’autre alternative que de se rabattre sur le combustible le moins cher, le bois en l’occurrence.

Du coup, on ne sait plus s’il faut incriminer celui qui coupe les arbres pour survivre ou ceux qui, en le laissant « se débrouiller » avec les moyens du bord, l’y poussent, indirectement.

Depuis l’Indépendance pour laquelle, ils ont beaucoup donné, ils attendent que l’Etat fasse un effort pour améliorer leurs conditions de vie tout en préservant ce qui reste de notre patrimoine forestier. Chaque année, on leur annonce l’arrivée « imminente » du gaz naturel. Avant d’atteindre les villages, beaucoup de nos vieux ne seront plus là pour goûter au confort de la vie moderne. En attendant, l’hiver reste pour eux, synonyme des yeux picotés par la fumée qui continuera à se dégager de l’éternel « Kanoun », comme au bon vieux temps. Il continueront à couper les arbres, sans se soucier de la protection de l’environnement, car le plus important pour eux, en période de froid, c’est de préserver leurs enfants des maladies. Quant à la reforestation on n’en parle qu’au mois de mars, lors de la Journée de l’arbre.

Nacer B.

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