Sur la tribune d’honneur, L’angoisse savoure sa victoire. Assise à sa droite, sa vieille mère conjure discrètement le mauvais œil. « Xemsa deg wallen-ik », murmure-t-elle en s’efforçant de garder le sourire à chaque fois que quelqu’un vient féliciter son fils.
A sa gauche, le vieux Dezdeg venu de la capitale ad barek i kaci pour qui il a failli voter, scrute l’horizon des Ait R’gad à la recherche d’une générosité encore de ce monde et d’une vertu non encore pervertie. «Nnagh a sidi Rebbi ! Les vertus sont des copies dont on ne peut trouver l’original !», lâche-t-il en repérant gar lghaci un ancien garde-chiourme à Lambèse occupé à louer les mérites de Mohia. D’ailleurs, il a tenu à se déguiser en clochard s umersadas pour prendre part au défilé. Oui, il est plus facile pour lui de se déguiser en clochard que pour un clochard de se déguiser en P-DG s umersadas. Sadiya n l’euro est, depuis le début de la cérémonie, en compagnie d’une jeune femme étrangère à Taddart.
De temps à autres, l’étrangère jette un regard coquin au maire célibataire. Kaci a compris que la coquine est sans aucun doute la future madame Lamiri que Sadiya n l’euro lui a déniché.
Et il se laisse aller au zyutaj. Son regard se ramollit comme dans Love story, sa paire de moustaches se redresse et prend la forme d’un accent circonflexe inversé, ses joues et son nez se tomatachisent… Lhasun, toutes les parties de son corps yeffegh-itent leâqel.
Pendant ces instants de douceur dans un monde scellé et non négociable, le défilé en est à : un militant de l’administration et un fonctionnaire du parti, un libéral de gauche et un socialiste de droite, un kamikaze fleur bleue et un démocrate explosif, une robe kabyle yéménite et un tchador de Michelet, zzit uzemmur de la région de Cognac et du Champagne n Tuqbâin, tighrifini de Noël et la bûche du Mouloud, tazert n sidna Aissa et l’eau bénite n sidi Abdelkader el Djilali…
*Milmi iyi-hwa ad azgegh
Milmi iyi-hwa ad slegh
Milmi iyi-hwa ad dreghlegh
Milmi iyi-hwa ad ferzegh
Milmi iy-ihwa ad rfugh
Milmi iy-ihwa ad cetthegh
Milmi iyi-hwa ad argugh
Milmi yi-hwa ad aysegh
Milmi iyi-hwa ad hlugh
Milmi iyi-hwa ad mmtegh
Yir sghar ur t-ttleqim
Yir serdun ur t-ddeqim
Yir argas hdar negh qim
P. -S : Lectrices timaâzuzin, lecteurs imaâzuzen, il ne vous a sans doute pas échappé que les poèmes qui terminent votre chronique ne sont pas de votre serviteur. Vous y avez certainement reconnu Mohia, Si M’hand ou M’hand, Ben Mohamed et d’autres encore. Tannemirt à vous tous.
T. Ould Amar