Réunis vendredi dernier en assemblée générale, ils se sont vite mis d’accord pour fixer le prix de la baguette à 8,50 dinars, soit un dinar de plus que le prix officiel. Interrogé sur cette hausse, plutôt anarchique, la plupart des vendeurs affirment qu’elle « est légitime vu les contraintes auxquelles nous faisons face ». Ils tiennent à préciser que l’augmentation n’est que de cinquante centimes et non d’un dinar.
Ils n’ont pas tout à fait tort puisque les citoyens de Aïn El Hammam payaient déjà le pain à huit dinars depuis longtemps. Ce « réajustement » disent-ils, cible le « pain amélioré » bien que de qualité tout à fait banale. Lorsque nous demandons du pain simple, toujours affiché à 7,50 dinars, un boulanger nous avoue ne plus en faire, vu que « les clients ne l’achètent pas, au motif qu’il est immangeable ». Les raisons qui ont motivé leur initiative sont nombreuses lorsqu’on les écoute s’expliquer.
Il ressort, d’après l’un d’eux, que « si nous continuons à travailler de la sorte, nous serons contraints de fermer. Nous subissons le prix élevé du gaz oil, contrairement aux boulangers des villes qui utilisent le gaz naturel, beaucoup moins cher ». Sur un autre registre, un de ses collègues accuse les revendeurs de farine, disant : « Ils nous la cèdent à 2 200 dinars le quintal, sans compter les frais de transport, alors qu’elle est taxée à 2 000 dinars. Pire encore, ce prix imposé n’apparaît pas sur la facture ! ».
Il ajoute que les fournisseurs habituels leur livrent des quantités limitées au prix officiel. « Que voulez-vous que je fasse avec 40 quintaux par mois alors qu’il m’en faut 140. Je suis contraint de me rabattre sur un autre circuit, plus cher ». Ces augmentations révoltent la population, surtout s’agissant d’un produit aussi sensible. Pendant que le grossiste s’enrichit et impose son diktat, le boulanger refuse, lui, d’en faire les frais. Reste le consommateur, ce « souffre-douleur », pour payer la différence. Les citoyens qui nous ont contacté pensent, eux, que ces hausses ne doivent pas être décidées anarchiquement, au risque de produire l’effet boule de neige sur d’autres secteurs.
Nacer B.
