La dépêche de kabylie : Vous avez affirmé, lors du colloque intitulé Images, imaginaire et histoire qu’aucun film français n’a traité de la phase sensible de l’histoire commune entre l’Algérie et la France. Pourquoi selon vous ? Y aurai-t-il un déclic à l’avenir ?
Gilles Monceron : Pendant longtemps, il n’y avait que peu de films français. Le cinéma est révélateur des mentalités d’un peuple. Avant la guerre, il n’y en avait pratiquement pas. Quelques films sur la guerre et rien avant. A l’Indépendance, le cinéma français n’a pas traité la phase sensible de l’histoire.
Comment percevez-vous cela ?
Arezki, l’indigène est un beau film, un projecteur sur un épisode oublié et peu connu en france : le titre. Je comprend le choix du cinéaste.
Avouez quand même qu’il est quelque part prétentieux…
C’est choisi pour qu’il y ait choc entre le personnage et le terme “indigène” qui est dévalorisant.
Voudriez-vous explicitez à nos lecteurs la notion de refoulement et de rejaillissement ?
Depuis 2000, il y a eu rejaillissement de l’histoire commune avec le témoignage de Louizette Ighil Ahriz, la presse française qui en parle. Le refoulement, c’est que la société française est tiraillée et partagée entre deux sentences : ceux qui veulent justifier, à travers la loi du 23 février et ceux qui ont opté pour une autre option.
C’est à partir de là qu’il y a conflit dans la société : il y a une certaine perplexité et l’idée de plusieurs options.
Par rapport à quoi ?
Par rapport à la reconnaissance de l’injustice commise par la colonisation ; je ne parle pas de repentence.
Ce n’est pas aux jeunes de se faire pardonner les fautes qu’il n’ont pas commises. La coopération normalement apaisée, dépassionnée implique une forme de reconnaissance qui apportera un peu de paix et fera taire les blessures d’hier. Même les matchs de foot ne se déroulent pas normalement !
Quel rôle peut jouer le cinéma à cet effet ?
Le cinéma peut jouer un grand rôle dans le point de vue de l’apaisement. Les cinéastes a travers leurs produits s’adressent à un large public. Ils font découvrir des personnages du passé comme Arezki, l’indigène. Il est souhaitable que d’autres films relatifs aux pages de l’histoire non connues voient le jour.
Dans le cas où le cinéma n’est pas l’objet d’instrumentation idéologiques…
Oui ! En effet, le cinéma peut véhiculer des représentations négatives et des erreurs. Il est souhaitable que les cinéastes fassent des œuvres de renaissance après une documentation poussée.
Il faut un travail de recherche des conseillers en histoire.
Le cinéma agit directement sur les représentations imaginaires d’un peuple. Il ne faut pas que les pouvoirs politiques dictent le contenu d’un film. Il faut que les cinéastes soient libres.
Quelle approche devraient avoir les deux Etats pour aboutir à une histoire dépassionnée ? (comme cela a été fait avec l’Allemagne)
Si l’on arrive à une normalisation franco-algérienne, la vision du passé telle quelle est enseignée dans les deux pays sera la même. Cependant ce n’est pas le cas entre la france et l’Algérie.
Pour cela, il faudra essayer de rapprocher les points de vue par un échange : historiens, cinéastes,… Des gens qui interviennent et qui ont de l’influence sur les esprits.
En d’autres termes une volonté politique ?
Oui ! Une volonté politique par rapport à la vérité historique.
Un mot sur le Festival, pour finir ?
Un succès, une occasion pour montrer des œuvres intéressantes. Tous les films et les débats m’ont semblé intéressants.
J’espère que l’édition de sétif sera suivie par une autre aussi riche. C’est par la qualité des œuvres que les préjugés et les mentalités peuvent changer.
A. K.
