La Dépêche de Kabylie

Directeurs de conscience ?

Sur la foi de ce qui est rapporté par certains titres de la presse nationale ces dernières semaines, le ministère des Affaires religieuses s’apprête à mener une enquête sur une prétendue campagne de conversion et d’évangélisation en Kabylie. Même si, dans un communiqué, le département de Ghlamallah remet en cause les chiffres fantaisistes donnés par des zélateurs se prenant pour les dépositaires de la foi des Algériens, il n’en demeure pas moins que, animé de la foi du charbonnier, le premier responsable du Culte serait convaincu que les cas de conversion signalés ça et là en terre kabyle font partie d’un ‘’plan satanique » visant à saper la foi ancestrale des habitants de la région, à savoir l’Islam, qui est en même temps religion officielle. Si le ministre est tenté d’ajouter foi à certaines déclarations intempestives, fussent-elle dites dans un séminaire crypto-fondamentaliste, ou à quelques scoops de mauvaise foi, c’est que sa foi en l’unicité de la religion des Algériens commence à prendre eau par bâbord et tribord.

Commander une enquête sur les convictions religieuses des citoyens- même si cela est drapé du prétexte de procéder à l’inventaire des lieux du culte chrétien pour soi-disant en apurer la situation par un récolement avec les autorités chrétiennes d’Algérie- est un acte contraire à la lettre et à l’esprit de la Constitution algérienne qui consacre la liberté de conscience et l’inviolabilité de la vie privée. Ce serait certainement aussi apporter, par une voie officielle de l’État et de la République, de l’eau au moulin des inquisiteurs et Torquemada de tous bords. Les citoyens et les larges secteurs de la société qui soutiennent le programme du gouvernement, particulièrement dans son chapitre relatif à la réconciliation nationale, sont en droit de se poser la question, en toute bonne foi, de savoir si la réconciliation signifie ostracisme, intolérance et persécution. S’agirait-il de donner un gage de piété et d’islamité à une mouvance qui a juré la perte de l’Algérie républicaine et de tout le pays historique ? Nous n’oserions pas désespérer des institutions de la République et des hommes, à l’intérieur et en dehors du ‘’pouvoir », engagés dans l’œuvre d’édification nationale et résolus à empêcher que d’un pays de délices on fasse un désert. Foi de citoyen attaché à la liberté de conscience et à la liberté tout court !

Amar Naït Messaoud

Quitter la version mobile