Combat d’estoc et de taille

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Les derniers événements survenus sur la scène sécuritaire où 13 gardes communaux ont été assassinés dans la plaine de Aïn Rich, dans la wilaya de M’sila, et l’attaque d’une caserne mauritanienne le 4 juin par des terroristes qu’on dit affiliés au GSPC algérien donnent du «grain à moudre» à tous ceux qui veulent se mettre au travers du concept de réconciliation nationale, suggérant par là que l’Etat aurait déjà baissé les armes devant les hordes d’assassins qui continuent d’écumer certaines parties du territoire national et qui ont même osé «intervenir» sur le territoire d’un pays voisin.Il faudrait, sans doute, être animé d’une patente malhonnêteté, mais aussi d’une dose de cynisme, pour ne pas reconnaître que la situation sécuritaire s’est considérablement améliorée au cours de ces dernières années et que les actes criminels connus par-ci par-là, dans une forme de jonction mercantile avec le banditisme de grand chemin, comme on a eu à le vérifier au cours des dernières semaines dans les wilayas du centre, sont le fait d’un «terrorisme résiduel» pour reprendre un concept injustement raillé en son temps, et d’une certaine baisse de vigilance.Devant les deux Chambres du parlement, le Premier ministre a eu à expliquer la position du gouvernement et du président de la République sur le sujet, à savoir que la lutte antiterroriste se poursuivra sans relâche et qu’aucun dispositif législatif fut-ce l’amnistie générale, ne pourra dissuader les pouvoirs publics et les forces de sécurité de mener leur mission de combat d’estoc et de taille contre la bête terroriste.En outre, au moment où se menaient les débats au Sénat, des unités de l’ANP étaient engagées dans des manœuvres conjointes avec les forces des pays voisins (Maroc, Mauritanie, Tunisie, Niger, Nigeria, Tchad, Mali et Sénégal) dans la région du Sahel. Ces exercices appelés Flintlock 2005 et dirigés par le commandement des forces américaines basé en Europe avec un état-major stationné à Dakar, ont pour objectif de coordonner sur le terrain la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue et l’activité de contrebande, phénomènes qui ont pris une dimension transnationale avérée. Dans une conjoncture politique qui s’achemine, quoi que l’on dise, vers la décantation — avec l’effet d’accélérateur qui ne manqueront pas de lui imprimer les réformes en cours — l’action des pouvoirs publics semble définitivement s’inscrire dans une dynamique du rejet de l’extrémisme, y compris dans sa «variante» scolaire puisque la suppression de la filière charia au lycée vient d’être confirmée solennellement par Ahmed Ouyahia. Dans le nouvel environnement régional et mondial caractérisé par une économie mondialisée qui ne va pas sans heurt ni remise en cause de certaines conquêtes sociales, l’Algérie n’a pas le droit de se tromper de siècle ni de s’encombrer d’un débat relevant de la recherche du sexe des anges. la mise à niveau ne devrait pas toucher seulement le monde de l’entreprise, elle est appelée à s’étendre à tout ce qui fera de l’Algérie un pays moderne et un partenaire viable (administration, nouvelles technologies de l’information, école, système judiciaire…), qualités dont les dividendes iront à l’ensemble de la communauté nationale. La réconciliation nationale ne peut ignorer ce combat impératif contre le sous-développement, la corruption et la médiocrité.

Amar Naït Messaoud

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