Ces deux structures étaient fondées par Sidi Yahia El Aadli, un sage vénéré et adulé par les populations de la région, portant son nom toutes les deux. Existant depuis la nuit des temps, la zaouia a été améliorée, contrairement à la station qui continue de fonctionner par manque de développement approprié avec des moyens obsolètes mais tenant toujours le coup. La commune de Tamokra, c’est d’elle qu’il s’agit, 5000 hab, est la seule du douar d’Ath Aidel à dépendre de la daïra d’Akbou. Elle est collée au milieu du flanc d’une colline comme une ventouse et ayant sur la tête une pinède aux arbres rabougris et à la végétation dure, et les pieds trompés dans les eaux du barrage de Tichy haft. De cette cité mythique, la vue splendide, imprenable et à couper le souffle permet d’embrasser de magnifiques panoramas que la nature a façonné : le regard se pose sur la montagne de Gueldamne, passant par le vaste plat de l’oued Soummam, traversant la ville d’Akbou, montant en verticale vers le ciel et ne s’arrêtant qu’à la colonne dorsale du Djurdjura, encore drapée de neige. Pour les touristes habituels ou occasionnels la fréquentant, Tamokra est une destination privilégiée et rêvée pour des villégiatures de courtes durée apportant soins et détente, mais paradoxalement ceux qui ont élu domicile vous diront sans ambages que jadis elle était une citadelle inexpugnable contrairement à maintenant où il en restait qu’une forteresse sans fortune, une cité complètement oubliée dont les habitants vivant des misères attendent toujours un geste des pouvoirs publics pour les sortir de l’ornière.
Aux dernières élections municipales, Tamokra a tourné le dos aux partis démocratiques pour plébisciter le parti conservateur. Ainsi le FLN a obtenu 3 sièges, s’adjugeant le fauteuil de maire devant le RND, 2 sièges, et le FFS, 1 siège. Pour l’installation de l’exécutif le FLN a marchandé avec le RND en lui offrant un poste d’adjoint-maire. En l’absence du maire ce jour-là, c’est le premier adjoint d’obédience FLN, en l’occurrence Abdelouhab Bouhadjar, qui a humblement répondu à nos questions en dressant un tableau sur la situation critique qui prévaut dans cette commune. Selon notre interlocuteur, elle n’est guère reluisante et s’avère catastrophique dans certains secteurs dans la mesure où celle-ci se traduit par des écueils importants qui rongent les populations établies aussi bien en ville que dans les villages. Il n’a pas manqué de tirer la sonnette d’alarme en invitant les pouvoirs publics à braquer les yeux sur ces villages de Tamokra où vivent des damnés de la terre dans des misères noires, lesquels ont tout sacrifié pour ce beau pays lors de la Révolution (lourd tribut humain et perte matérielle) et qui souffrent inéluctablement du sous-développement depuis l’Indépendance. Il attaquera d’emblée le secteur du transport dont la flotte est jugée par lui insuffisante pour faire face à la demande composée en sus des voyageurs et des collégiens des villages se rendant chaque matin au seul collège implanté au chef-lieu. Enchaînant dans ce sens, il n’a pas mis l’impasse sur le réseau routier en estimant que certaines routes saturées de nids de poules, crevasses et incisions sont impraticables. « Le développement de notre commune passe impérativement par l’amélioration et l’entretien du réseau routier ainsi que le renforcement de la flotte de transport par la dotation supplémentaire en bus. Sans cela, les voyageurs et les écoliers en particulier continueront à souffrir le martyre en demeurant éternellement à la merci des clandestins qui leur font payer cher », déclare ce responsable qui n’est pas allé par le dos de la cuillère pour dénoncer la mauvaise prise en charge des malades par les structures de soins.
« Nos structures de soins sont en décadence, quand elles ne sont pas carrément fermées, et ceci de par l’isolement qui caractérise notre commune et au moment où l’on s’attendait à l’amélioration de nos centres de soins, c’est l’effet inverse qui s’était produit. Les centres de soins de Bicher et Tizi Aidel étaient fermés et la polyclinique du chef-lieu n’assure que de piètres prestations par l’absence d’une maternité, de médecins spécialisés et d’un service de radiologie. Elle fonctionne seulement avec un médecin généraliste, un dentiste et 2 infirmiers, ce qui est insuffisant pour la prise en charge des malades qui pour des soins se rendent à Akbou », abonda-t-il en abordant cette fois le problème de l’école. « les écoles primaires de Thaourirt et Toufirt ont été fermées et les bouts de choux de ces contrées inscrits dans d’autres écoles butent sur le problème de l’éloignement, notamment le transport qui fait défaut. Ils font pour cela des marches à pied par des sentiers sinueux et rocailleux pour rejoindre leur école. Avec le nombre de lycéens que compte la commune et dispatchés un peu partout, l’inscription d’un lycée au chef-lieu est devenu impérative. Nous nous battront pour l’arracher aux pouvoirs publics » renchérit-il. Après un moment de silence, il continuera en citant les démarches que son gouvernail pense entreprendre pour ramener le gaz de ville. « Nous sommes situés non loin du réseau principal du gaz naturel.
Les frimas de l’hiver, les chutes de neige qui isolent les populations et les prix exorbitants qu’atteignent la bouteille de gaz et la semoule en hiver seront autant de facteurs défavorables que nous mettrons en avant pour sensibiliser les pouvoirs publics à doter notre commune du gaz de ville », rajouta notre interlocuteur qui s’est montré aussi sensible au marasme qui frappe la jeunesse aussi bien par le manque de loisirs que par l’inexistence de perspectives d’emplois.
« Trois terrains de proximité sont en cours de réalisation un stade communal dont les travaux de finition sont en voie d’achèvement, l’internet sera effectué incessamment et un local de jeunes qui existe depuis belle lurette. Avec toutes ses infrastructures le manque d’associations sportives notamment un club de football qui permettra pour cela aux jeunes d’affirmer leurs talents, est criant. Le manque de perspectives d’emploi font que les jeunes allait monnayer leur force de travail ailleurs, ce qu’ils ne retrouvent pas dans leur commune », déplore le 1er adjoint qui n’a pas omis d’évoquer les insuffisances qui caractérisent le secteur de l’hydraulique. « Les villages sont rationnés à une fois par semaine en eau courante. Cette denrée indispensable pour l’alimentation et l’entretien des citoyens est tirée insuffisamment des sources qui s’amenuisent comme des peaux de chagrin. Notre salut dans ce domaine reste tributaire de notre alimentation à partir de la station d’épuration des eaux du barrage de Tichy haft. Concernant l’assainissement des eaux usées, nous n’avons pas gagné la bataille même si des efforts louables ont été consentis en relisant 80% de ce qui devrait être fait pour satisfaire toutes les bourgades de la commune. Les 20% restants sont classées aux sommets de nos préoccupations pour arriver à une pleine satisfaction des populations dans ce secteur », clama le responsable en terminant son diagnostic par mettre en exergue les dotations budgétaires des pouvoirs publics pour cette commune qu’il juge nettement insuffisantes par rapport à la réalité sur le terrain. « Les petites subventions qu’allouent les pouvoirs publics à notre commune se révèlent dérisoires pour faire face à la nécessité d’améliorer les conditions de vie des citoyens. Pour cela, nous souhaitons leur relèvement en fonction des besoins exprimés par les populations », termine notre interlocuteur. Dans cette commune enclavée située à l’extrême sud de la wilaya de Béjaïa, et loin aussi du regard des officiels, la vie devient de plus en plus dure pour les citoyens. Pour cela, ceux qui ont préféré rester, leur subsistance ils ne la doivent qu’à leur force de travail en travaillant leurs terres ; d’autres, fuyant la misère à la recherche du bien-être sont partis vers les grandes villes du pays où dans l’Hexagone pour tenter leur chance. Ce sont là les clichés d’une commune en quête d’un développement et qui ne manque pas de potentialités économiques à même d’endiguer le chômage chez les jeunes avant qu’ils ne s’envolent vers d’autres cieux.
A titre d’exemple, la station thermale Sidi Yahia, qui fonctionne avec des infrastructures centenaires laissées par la colonisation, ne demande qu’à être valorisée par l’édification d’infrastructures de type moderne, lesquelles attireront des vacanciers nationaux et des touristes étrangers. Qu’attendent donc les pouvoirs publics pour l’inscrire comme patrimoine touristique à développer ?
L. Beddar
