Cette fois-ci l’occasion était donnée à l’un des dignes enfants de la région, ancien officier de l’ALN à la wilaya III historique et compagnon du grand colonel Amirouche, mais aussi auteur des œuvres biographique sur ce dernier intitulées Le colonel Amirouche entre légende et histoire et Le colonel Amirouche à la croisée des chemins ainsi qu’un journal de guerre Avoir 20 ans dans le maquis 1956-1962. Après ces informations, vous avez sans doute deviné de qui il s’agit. Eh bien, pour ceux qui doutent encore il s’agit de Djoudi Atoumi, un homme mais aussi un auteur hors pair qui a sans doute grandement contribué avec ces écrits à rétablir certaines vérités historiques qu’il a lui-même vécu avec ses amis et compagnons d’armes sur le terrain apocalyptique des combats.
La conférence de ce jeudi 7 février était essentiellement destinée à la crème de la société locale, à savoir les étudiants universitaires et lycéens des deux sexes qui étaient au rendez-vous puisque à notre arrivée sur place la salle était déjà archicomble. A noter aussi la présence de monsieur Battache Ali, auteur d’un livre sur la vie de « Cheikh Aheddad » et du premier responsable de la municipalité. Quelques minutes ont suffi au conférencier pour embarquer tout ce beau monde dans un voyage à revisiter le passé qui a mis le cap sur les rives de la glorieuse révolution de Novembre 54. Avec un franc parlé exemplaire, une mémoire intacte et dépourvue de prétentions autres que dire la vérité, rien que la vérité aussi moche soit-elle parfois. Au tout début, le conférencier jeta l’ancre à quelques encablures de 54, plus exactement au début du mouvement nationale puis invite les présents dans une plongée dans les profondeurs ténébreuses du conflit qui éclata entre les partisans de l’action directe, c’est-à-dire la lutte armée comme solution et seule issue vers l’indépendance, et ceux qui ont constitué les contre-maquis pour combattre leurs frères de l’ALN et appelé « Le complot des messalistes » car étant l’œuvre des adeptes de Messali El Hadj. Il expliqua notamment comment le colonel Amirouche grâce à son intelligence et à sa persévérance a réussi à venir à bout de cette gangrène montée par les spécialistes des services français. A chaque fois une halte est marquée pour mieux expliquer et lever le voile sur certains faits troublants et vérités déformées par les médias et les rares officiers français qui ont écrit sur la guerre d’Algérie, à l’exemple de l’affaire des massacres de Beni Ilmane, l’œuvre de l’ALN, étant donné que les habitants de ce village étaient partisans des messalistes, donc des Français, et qu’ils ont toujours refusé de rallier l’ALN et de cesser leur collaboration avec l’ennemi. Monsieur Djoudi Atoumi insiste, preuves à l’appuie, que le massacre de Melouza était par contre l’œuvre des troupes françaises et leurs alliées messalistes en représailles à ce qui s’est passé à Beni Ilmane et pour se venger de l’ALN car les habitants de cette contrée étaient de tout temps avec l’ALN. L’infatigable orateur lève l’ancre pour continuer sa traversée vers d’autres stations de notre histoire et arrive à l’opération « L’oiseau bleu » concoctée par l’Acoste pour semer les troubles dans les rangs des Djounouds de l’ALN. M. Djoudi Atoumi explique comment le colonel Amirouche a fait perdre la face et administrer une sacrée raclé aux stratèges français en retournant la bombe (L’oiseau bleu) contre ces concepteurs et comment les maquis ont bénéficié de plus de 1 200 armes de guerre. Il aborde brièvement l’affaire « Belhadj Dillali » connu sous le nom de l’affaire « Kobus » et celle de Metoub. Deux affaires de trop dans les annales de la trahison auxquelles ont fait face Amirouche et ses hommes avec force détermination, intelligence et bravoure inouïe.
Après cette plongée en apnée, dans ces complots avortés et comme pour exaucer le vœu de certains jeunes étudiants en quête de vérité, le conférencier s’étala longuement sur la fameuse affaire des « Bleus » connu sous le triste nom de « Bleuite » où des centaines de jeunes, parfois parmi l’élite de l’ALN, ont connu l’un des sorts les plus tristes de l’histoire de la Guerre de libération nationale et explique notamment comment cette affaire a terriblement affecté le colonel Amirouche au point où certain djounouds ont vu des larmes coulées de ces yeux secrètement, lui que tout le monde croyait dure comme un roc et dépourvu de sentiments, car étant un grand chef militaire, mais aussi quand ce dernier exprimait clairement son désarroi dans le PV de réunion du conseil de wilaya III, tenu en date du 3 mars 1959, qu’il a présidé et où il demandait une commission d’enquête neutre pour faire toute la lumière sur cette affaire. M. Atoumi n’oublie pas de faire un petit détour du côté d’Amizour et la fameuse « Nuit rouge » de 1956, pour laquelle il a nié catégoriquement l’implication du colonel Amirouche de près ou de loin. D’ailleurs, dans son livre Le colonel Amirouche à la croisée des chemins, il cite quelques noms de responsables de ces tueries à l’exemple du fameux « Larbi » du « capitaine Bernard » et du faux prophète « Cheikh Moussa ». Trois heures durant, l’assistance a eu droit à une véritable leçon d’histoire sur notre glorieuse révolution. De tels témoins et preuves vivantes manque terriblement aujourd’hui pour écrire la vraie histoire, celle qui fera briller les visages des génération futures et débarrassera sûrement notre histoire de toutes les intrusions malveillantes dans ses écrits qui terniraient l’image de la Révolution et des vrais révolutionnaires.
A la fin de la rencontre, Djoudi Atoumi nous a dit : « De telles rencontres sont nécessaires pour rendre hommage à nos compagnons d’armes tombés au champ d’honneur et dont les corps ont été dépiécés par les chacals. Elles constituent aussi des occasions pour transmettre à nos jeunes l’histoire de notre Révolution ». Et d’ajouter : « Je suis très content de l’engouement de notre jeunesse sur ce genre de rencontre et leurs intérêts à l’histoire de leurs pays et nation comme je souhaite que de telles rencontres se renouvellent à l’avenir ». Pour conclure nous dirons que « l’avenir restera prisonnier du passé tant que ce dernier restera prisonnier des hommes ».
Arezki Toufout
