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Revoilà Oulahlou !

On aime ou on n’aime pas, le fait est que Oulahlou est un chanteur qu’on attend.

Quel petit lapin va-t-il encore poser ? Quelle bravade va-t-il encore se permettre ? Où va-t-il pousser la chansonnette ? Il ya déjà, pour cette nouvelle cuvée, pas moins de quatre chansons composées dans la langue de Johnny Halliday. Que l’on se détrompe, aucune n’est une reprise ni même une adaptation de Ferrat ou d’Aznavour. Ni Peur de ma femme, ni Vive ma liberté, ni même Ma bohème, non T’en vas pas.

Voilà donc pour la première surprise : Oulahlou a produit, on ne sait trop pourquoi, un album bilingue dans, après tout, les deux langues les plus usitées en Kabylie.

Le premier titre se fait l’écho du salafisme montant, un thème qui n’a jamais encore été exploré par la chanson kabyle laquelle perd peu à peu ses capacités de conceptualisation et d’appréhension du réel. Oust, nous n’avons pas les mêmes valeurs !, clame à peu prés Oulahlou à l’endroit de ces nouveaux gnomes pileux que l’on croise de plus en plus au cœur même de cette Kabylie de la sécularité et qui, tels des revenants spectraux, signent la défaite des espoirs des vivants.

La chanson est là comme pour rappeler qu’Oulahlou est d’abord un chanteur «engagé».

Ce ministère accompli, il s’égaye avec l’empressement de l’écolier qui entend la sonnerie de midi, dans une certaine frivolité qui semble faire partie de son être. «Par où vais-je commencer pour faire une jolie chanson ?

Avec mes idées épicées et mes airs de petit garçon ; Désolé messieurs, mesdames, je n’ai pas grand-chose à vous dire hormis ma peur de ma femme, tant mieux si ça vous fait rire !», chante-t-il dans un couplet aussi surprenant que désarmant. Oulahlou était voué à être un zazou insouciant si ce n’est qu’il vit ici et maintenant. Que son enfance s’est promenée dans les champs d’Ighil-Ali plutôt qu’à Disneyland.

Plus loin il fera honneur à ce qui semble être une tendance itérative de son œuvre : l’exaltation du monde de l’enfance et du merveilleux. Après Mimouna, cette guenon qui danse à la joie des villageois, il introduit une chanson surréaliste où il est question d’une femme qui donne la tétée à un… chat.

L’amour est exceptionnellement un thème présent en force. Des chansons, où malgré un perceptible effort de retenue, laissent voir un Oulahlou désarmé, voire dévasté, par la contrariété. Elle est là-bas à Paris et lui ici. Paris la ville-lumière, Ighil-Ali, le trou-du-cul où on se cogne la tête contre les murs. L’artiste, qui semble être le premier à être surpris des dégâts, signe une remarquable montée en puissance à travers ce qui est trop puissant pour ne pas être des chansons-vérité. Retour aux odeurs du terroir. Des meules qui écrasent les grignons. Les effluves de margine, le gazouillis des fauvettes, la féérie champêtre de la cueillette des olives. Oulahlou est un jouisseur solitaire qui semble ne concevoir aucune inhibition à son art. Une certaine habitude le qualifie à dire tout haut ce que d’aucuns ne peuvent que concevoir tout bas.

Il est loin de la gravité solennelle de l’œuvre de Ferhat (un artiste auquel il n’a pas manqué cette fois-ci aussi de rendre un hommage de type subliminal à travers Hemlaghets am tit-iw (Je l’aime comme la prunelle de mes yeux) ni de la détermination énergique de celle de Matoub.

Oulahlou ressemble à un pathétique enfant que la vie a commis aux enjeux des grands.

Refusant de ployer sous le poids de ses œuvres, il reste un troubadour fantasque et espiègle, un saltimbanque génial, un primesautier qu’on ne se lasse pas d’écouter. Un démolisseur des convenances et des conformismes et conséquemment le héraut de ceux qui n’ont pas la parole.

M. Bessa

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