Au troisième jour du débrayage initié par la Coordination nationale des syndicats autonomes de la Fonction publique, les professeurs, docents et maîtres assistants ont affiché une ferme détermination et une totale satisfaction quant au succès enregistré par leur action sur le terrain, en dépit des pressions multiformes dont ils ont fait l’objet de la part du ministre de la Santé publique et du premier responsable de l’Exécutif. L’assemblée générale tenue, hier, à l’amphithéâtre du Centre Pierre et Marie Curie de l’hôpital Mustapha, par le Syndicat national des maîtres assistants en sciences médicales (SNMASM) et le Syndicat national des professeurs doçents en sciences médicales (SNPDSM) a vu une grande participation aux débats. » Pour les docents, au moment où je vous parle, la décision de justice n’est pas exécutoire…pour les maîtres assistants; le maître-mot c’est la solidarité « , tonnera un professeur, sous les applaudissements de ses collègues. A la fin de l’AG, un vote à bulletins secrets a eu lieu. Les propositions retenues sont le boycott du MSP et la poursuite de l’action de l’arrêt de travail, avec ou sans les cours. Lors du rassemblement qui a eu lieu après l’AG, un mendiant a accosté une dame d’un certain âge (médecin spécialiste) pour quémander quelques dinars il a eu la réponse suivante : « Si on est là, c’est, justement, par ce qu’on a pas d’argent! ». Nouara, Malika et Ferroudja, maîtres assistantes dans les hopitaux de Ben Aknoun et Mustapha, ayant sept (7) et trois (3) ans de service, auxquelles on a fait part de l’information, que 600 médecins spécialistes auraient quitté le pays au cours de l’année 2006, nous ont répondu à chaud : “On ne paye pas suffisamment les médecins algériens, on les clochardise beaucoup plus… ». A tour de rôle, elle (s) enchaîne (nt): « C’est sûrement plus de 600 qui sont partis et, d’autres encore vont partir… Que voulez-vous, nos confrères et consœurs marocains, tunisiens et mauritaniens sont largement mieux payés que nous…Lorsqu’on se rencontre durant les séminaires et les congrès médicaux, sincèrement, on a honte ! On a des salaires minables 14 000,…20 000 DA, on est certes mieux payé qu’un infirmier ! Une garde de 24h est cotée à 900 DA, sans bouffe ni literie, et avec pas moins de 40 malades en consultation… » L’une d’elles, exhibant sa fiche de paie, insiste nous disant « mettez SVP…Clochardisation des médecins algériens! « . » Pis encore, lorsqu’on revendiquée nos droits, les responsables de tutelle et la Chefferie du gouvernement nous répondent par des intimidations, des menaces de ponction sur les salaires de la honte qui nous sont octroyés… « . Nonobstant le mot d’ordre de grève auquel chacun adhère, les services sensibles telles la réanimation, les urgences …ont tout de même fonctionné. Par ailleurs, une affiche est placardée sur la porte du bureau d’un professeur du service de médecine interne, signifiant aux patients ayant RDV que celui-ci est reporté à une date ultérieure. L’atmosphère enregistrée, hier, à l’hôpital Mustapha, au troisième jour du débrayage, est des plus ordinaires. La majorité des services ont enregistré la venue, parfois de très loin, de citoyens ; patients ou simples visiteurs pour s’enquérir de l’état d’un proche ou d’un ami. A un moment donné, la blouse blanche des médecins prédominait parmi les autres présents et le nombre impressionnant de véhicules en stationnement ou qui traversent l’enceinte du CHU, engendrant exiguïté et gêne pour les piétons.
» L’action d’aujourd’hui est la conséquence logique de la sourde oreille affichée par le MSP et le Chef du gouvernement depuis des mois. Les intimidations et leurs recours à la justice n’ont fait que galvaniser le mouvement…on tient à les remercier pour ça…La santé ne peut pas se faire sans nous ! », nous dira le Pr Djidjeli, porte-parole des syndicats des hospitalo-universitaires, à la fin du rassemblement tenu, hier, devant la direction générale de l’hôpital Mustapha.
Dans la même foulée, le professeur Zidouni du CHU de Beni Messous, nous dira : » On fait tout de même partie d’une corporation qui n’a pas besoin de prouver quoi que ce soit …Aprés 30 ans de service. » En outre, plusieurs syndicalistes ont fait part de leur étonnement quant au silence des partis politiques, alors que d’autres ont assimilé le silence de ces derniers à un retrait stratégique qui mettra en exergue le fer croisé entre les pouvoirs publics et les syndicats autonomes. Par ailleurs, les intimidations, sous toutes leurs formes; ainsi que les poursuites judiciaires engagées par les pouvoirs publics contre les syndicalistes autonomes, en qualifiant leur mouvement de grève d’illégal, ne vise qu’à » l’essoufflement du mouvement de protestation « , expliquent les syndicalistes M. Meriane, rencontré avant-hier, au deuxième jour du débrayage, nous dira : » Nous lançons un appel pour la jonction et le jumelage de l’action syndicale. Les deux actions devraient converger vers un même objectif. «
Ahmed Kessi
