» La femme n’est pas l’ennemie de l’homme, elle est son alliée  »

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DDK : Nous connaissons Benbraham l’avocat, mais qui est Benbraham la femme ?

Benbraham : En tant que femme, je suis comme toutes les femmes, aucune différence, parce que je suis une Algérienne qui appartient à ce sol et à cet Etat, donc je suis une simple femme. Mais en tant que professionnelle du droit, il y a peut-être une différence.

Laquelle….

J’ai commencé ma carrière très jeune, j’ai eu peut-être une chance. On dit que je suis une femme qui s’accroche et comme je m’accroche je ne lâche pas prise. Je me suis rendue compte que poursuivre des études en ligne n’est pas tellement profitable.

C’est à dire…

Avoir un seul diplôme et évoluer en une seule science. Je prévoyais qu’un jour nous irons vers une mondialisation, où la connaissance et la technologie seraient des armes irréfutables. C’est pour cela, que très jeune j’ai choisi d’aller dans plusieurs universités. J’ai préparé mes deux bac algérien et français la même année. Ce qui m’a permis de fréquenter la Faculté de droit et des sciences administratives, mais également l’Ecole de journalisme et de sciences politiques. Tout cela m’a permis une ouverture d’esprit extraordinaire et en plus à faire des licences en réseaux. Grâce a ces licences, j’ai évolué dans un champ social, économique et politique assez large et m’a permis aussi de mieux connaître les hommes. J’entends par homme, l’être humain pourquoi, d’ailleurs, je recommande à toutes les femmes de ne pas s’arrêter à un seul diplôme mais d’en faire plusieurs pour être un peu plus complète. Ensuite j’ai été orienté vers une science  » embryonnaire  » en Algérie qui est l’expertise judiciaire. Je me suis lancée dans cette science sans la connaître. D’ailleurs j’ai évolué dans cette profession pendant 17 ans jusqu’à grimper au plus haut stade de l’expertise à savoir accéder à la mission d’expert judiciaire international.

A l’époque, les années 70, la femme n’exerçait pas ce métier, il était réservé aux hommes. J’étais, à cette époque, la troisième femme dans le monde, et la première dans le monde arabe, musulman et asiatique à exercer l’expertise judiciaire maritime. Plus tard, j’ai rejoint les rangs du barreau et je me suis installée en tant qu’avocat.

Comment êtes-vous arrivée à être envoûtée par la profession d’avocat ?

En fait, trois mois après avoir prêté serment, j’ai été constituée dans la plus grosse affaire qu’avait connu l’Algérie sur le détournement de deniers publics,  » Affaire Mouhouche et les 26 milliards » en 1988. Je me suis donc retrouvée promise dans cette affaire. Et c’est de cette manière que je suis restée fidèle à ma mission d’avocat et à la défense des doits des hommes.

Comment êtes -vous arrivée jusque-là, je suppose que vous avez sûrement fait des sacrifices ?

Arrivée à la situation actuelle de ma carrière n’a pas été facile. D’abord j’ai eu à sacrifier beaucoup de choses dans ma vie. Vous savez que Benbraham est célibataire. Je n’ai jamais eu le temps de penser à me marier ou à avoir des enfants.

Le regrettez-vous ?

Non… je ne regrette rien parce que c’est un choix. Je l’assume entièrement et j’en suis très heureuse. Je n’ai pas d’enfants qui me font souffrir par leur comportement, mais je n’ai pas aussi de mari qui serait jaloux de ma carrière. Je suis une femme libre mais je suis également heureuse dans ma vie de tous les jours sauf que je suis quelqu’un qui travaille trop.

Qu’en est-il de votre quotidien ?

Ma vie est très simple. Je me réveille tous les jours à 5 h du matin. Je commence par donner à manger à mes animaux parce que ce sont mes compagnons. C’est eux qui m’ont donné les plus grandes leçons de la vie: l’amour, la fidélité et la sincérité, et non les êtres humains. J’ai tout appris avec mes animaux, ce sont mes maîtres. Dans la journée je regarde deux films, un le matin l’autre le soir. Puis je commence mon travail d’avocat. Le soir c’est une autre vie. Je me consacre à mes recherches dans l’histoire de mon pays et du droit.

Quelle est selon maître Benbraham la situation de la femme algérienne, commençons par le plan politique ?

Il y a une nette régression de la femme sur le plan politique. Si nous revenons aux années précédentes, nous avons constaté qu’il y avait des femmes qui ont, dans le gouvernement, occupé des postes de ministre mais qui se sont distinguées par leurs compétences intellectuelles et politique. Aujourd’hui nous sommes déçues par l’absence des femmes dans les institutions étatiques et plus exactement dans le gouvernement. Il y a de grandes femmes dans notre pays mais elles sont ignorées.

Sur le plan social…

La femme n’a pas attendu que l’on intègre. Elle s’est intégrée elle-même. Effectivement, il y a des secteurs qui dans cinq à six ans vont être accaparés par les femmes en majorité. Il s’agit du secteur de la santé, de l’enseignement et de la justice. Nous avons vu un très grand nombre de femmes dans ces secteurs. Toutes ces femmes veulent avoir leur place dans la société sans toutefois toucher à la dignité des hommes ou à leur place. Aujourd’hui les femmes se battent contre une conception et une nouvelle mentalité qui s’appelle  » comportement sexiste « .

C’est quoi pour vous  » comportement sexiste « …. ?

C’est un comportement selon lequel l’homme rabaisse le sexe opposé et ne reconnaîtra pas à la femme le droit à un poste de responsabilité. L’homme ne voit pas en la femme ses compétences mais il la voit juste en tant que femme. Il ne fera confiance ni en ses qualités ni en ses connaissances. C’est une nouvelle bataille pour éliminer cette forme de discrimination basée sur le sexe et je pense que dans les jours et années qui viennent, nous allons démontrer à l’ homme que la femme n’est pas son ennemie mais bien son alliée. Elle est au monde au même titre que lui, elle a aussi les même droits mais elle est avec lui dans son combat. Aujourd’hui la femme est la seconde jambe de la famille. Avant, seul l’homme devait travailler pour faire vivre sa famille.

La femme sur le plan juridique…

Je peux vous dire que les amendements portés au Code de la famille n’ont apporté que malheur pour la famille algérienne. Les articles amendés, doivent être annulés. Nous prenons par exemple l’article relatif à la filiation. Le juge aujourd’hui peut aller vers les moyens scientifiques pour apporter la preuve (ADN). Alors que la filiation reste un droit sacré et naturel pour l’enfant.

Un dernier mot pour les femmes en cette occasion…

Si c’est toujours les femmes qui ont porté les hommes, cela n’a jamais été le contraire. Les hommes ont donné un grain à la femme. Leur mission ( les femmes) est grande et noble. Elles continueront l’assumer et à prouver la force qu’elles ont en elles. “Derrière chaque grand homme il y a une femme”. Elle travaille dans l’ombre, dans le silence mais elle dit tout haut ce que pense l’hommes tout bas. C’est à dire : Que serai-je sans toi femme ?

Entretien réalisé par Nabila Belbachir

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