La femme algérienne tend de plus en plus à conquérir un vaste champ d’action dans la vie de tous les jours. Son intégration se fait certes, lentement, mais d’une manière sûre et irréversible. Le temps où nos grands-mères, tantes et mères étaient reléguées à la cuisine et l’éducation des enfants, qui constituaient leur monde cloisonné, semble révolu à jamais. Désormais, la femme algérienne intègre et embrasse des carrières policières, agent de sécurité,…qui par le passé étaient du domaine de l’homme exclusivement. Aujourd’hui, elles sont nombreuses, s’appelant Linda, Hayet, Samira,…à tenter une aventure sociale, professionnelle, se projetant vers des horizons divers et inconnus, laissant derrière les multiples préjugés et l’appréhension du « qu’en dira-t- on? » Un jour de l’année passée, le soleil chauffant au dessus de la tête, alors qu’on était en virée professionnelle sur le chantier d’une zone industrielle, on a aperçu au loin une jeune femme, vêtue d’un chemisier et d’un pantalon, s’entretenant avec les travailleur. Ingénieure de son état, âgée environ d’une trentaine d’années, au milieu d’un décor particulièrement attrayant dont, quelques années en arrière, se verrait bannie, la jeune femme était semblable à une fleur dans un champ! Un tableau qui s’est imposé à notre souvenir qui, à l’approche du 8 Mars, Journée mondiale de la femme, nous a incités à une réflexion- ce qui devrait se faire tous les jours- quant à la condition de la femme dans la société qui est pourtant quotidiennement à nos flancs d’hommes dans le branle-bas face à la vie. C’est à travers ce souvenir titré « Femme courage », empli de reconnaissance et de gratitude, qu’on voudra leur témoigner l’adhésion à un combat qui est celui de la société, aussi, de tout un chacun(e) aussi.
Lynda, en passe de boucler la trentaine, le diplôme d’ingéniorat en génie-civil empoché, sans perdre pied et patience, a dû rester trois longues années au chômage, avant que son jour de chance pointe. « J’ai vécu l’enfer en retournant au village après mes études…Ce n’est pas facile de gérer les mentalités, et puis il y a ma vie dont la construction m’attend, notamment sur le plan professionnel. J’y tenais énormément, maintenant, c’est la grande aventure. Je suis dans une entreprise à Alger », nous dit-elle, en soulignant que les mauvaises langues ne constituent pas sa préoccupation. « Ce qui compte, c’est mes parents, et j’avoue que les choses n’étaient pas faciles avec eux au départ. J’ai réussi quand même à trouver en eux des alliés au fil du temps. » Concernant le problème d’hébergement, elle en fera un commentaire détaillé en éludant la problématique sous tous ses aspects : » On a fait des pieds et des mains pour trouver un groupe de six filles pour louer un appartement F3. Finalement, on est nombreuses à vouloir louer dans les grandes villes, notamment la capitale…On est dispersées, faute de cadre et d’information fiables ».
Hayet, quant à elle a déclaré : « Après mes études, je me suis retrouvée directement à « Orascom ». J’ai pris l’envol directement de notre village (de Tizi-Ouzou) pour m’installer à Blida, étant née algéroise. Mes parents m’ont facilité les choses…Et, ma carrière semble prendre une courbe assez satisfaisante; l’atmosphère de travail est cordiale et chaleureuse. L’avantage pour moi c’est que je rentre chez moi chaque soir, ce n’est pas comme tant d’amies qui, selon elles, ont eu recours à la location collective après beaucoup de tracasseries. «
Le cas de Samira est le plus illustratif de ceux qu’on a rencontrés. Tenez-vous bien svp!…Elle est l’une des mécaniciennes à la SNTF. « Je n’ai pas hésité à sauter sur l’occasion. J’ai longtemps souffert du chômage. Sincèrement, avec le temps je ne regrette rien… Maintenant, contrairement au début je ne rate aucune occasion pour aller sur le terrain » Après un moment de réflexion, elle se laisse aller à son argumentation pour expliciter que sans la considération effective de la femme en tant que partenaire à part entière, la société demeurera « boiteuse »! Pour cela, Samira n’y va pas en slalomant : « La cellule familiale est à reconstruire de nouveau par l’instauration d’un climat de communication entre ses membres… Cela résoudra pas mal de problèmes familiaux », ajoutera-t-elle, l’air pensive.
Zehra, une autre pionnière de la « société », interrogée sur la question de la femme dans notre pays en général et de la femme kabyle en particulier. Elle nous répond, avec les yeux grandement ouverts: » C’est vrai que les choses commencent à bouger, grosso modo, mais,… Des frottements persistent; les esprits refusent encore l’ouverture…. Nous les femmes, surtout les jeunes, de manière générale on est encore loin d’être positive…L’autonomie de l’esprit et de la pensée est un défi majeur,…on est souvent sous la coupe de la société, de l’autre…sans qu’on se rende compte ».
« Ma liberté, je t’ai tout donné, jusqu’à ma dernière chemise,… », a dit le célèbre chanteur G. Moustaki. Lynda, Hayet, Zehra et les autres savent pertinemment que la bataille n’est pas encore gagnée. La liberté et l épanouissement sont un engagement à long terme… Malgré les hauts et les bas, on ne peut récuser la place et le rôle de la femme dans une société qui se veut prospère et épanouie … Au fait, combien serions-nous demain à leur offrir des fleurs, en les embrassant pour les remercier…Prions pour que les autres jours de l’année soient des 8 Mars!… Amine ! A l’occasion, bonne Fête à toutes!
Ahmed. Kessi
