Les paramédicaux se sont, encore une fois, mobilisés pour répondre positivement à la grève de trois jours à laquelle a appelé leur syndicat, le SAP, pour les 16, 17 et le 18 du mois en cours. Ainsi donc, les syndicalistes reprennent le chemin de la contestation, avec la ferme détermination de ne pas faire de concession et d’aller jusqu’au bout, afin d’arracher la satisfaction de leurs doléances.
» La détresse des paramédicaux n’a pas trouvé d’écho chez la tutelle, au mal de vivre quotidien et à la charge de travail au niveau des hôpitaux s’ajoutent le silence de la tutelle et l’imposition d’un statut provisoire « , sont, entre autres, les commentaires exprimant la colère et le mécontentement des paramédicaux.
Une virée aux établissements hospitaliers de la capitale nous a permis d’enregistrer, de tâter et de voir de plus près la situation de cette frange importante du secteur névralgique qu’est celui de la santé. A l’hôpital Parnet de Hussein Dey, quoique les paramédicaux soient unanimes quant à l’adhésion au mot d’ordre de leur syndicat, ils ont tout de même assuré le service minimum, en particulier dans les services sensibles, cardiologie, néphrologie,….Ils se sont relayés à tour de rôle pour prodiguer les soins nécessaires aux patients. La cour de l’hôpital est dominée par la blouse blanche des syndicalistes, avec des brassards sur lesquels on a inscrit « Grève ». « C’est, parait-il, la même chose…ça n’a pas abouti, car là où il passe (le ministre), c’est la même chose, même avec les universitaires ! « , nous dit d’emblée Zineb, représentante du service radiologie. Une de ses collègues enchaîne en disant : « … C’est toute la Fonction publique qui n’a pas changé depuis les années soixante, si la Fonction publique change, A.Tou suivra. » A l’entrée du service de cardiologie, une grappe de citoyens attend l’heure de la visite. Fadhila, infirmière, nous déclare : « Imaginez, en 2008 on travaille dans le même esprit qu’il y a quarante ans !… Les esprits n’ont pas du tout évolué ». Par ailleurs, on nous a fait part que des agents de l’administration relèvent les noms des meneurs de la grève. Ce qui explique l’attitude furtive de certains grévistes et l’anonymat réclamé par la majorité de nos interlocuteurs. » L’hôpital Parnet n’a ni foyer ni transport,…le système des horaires de travail n’est pas comme celui des autres hôpitaux. Ce qui sidère les syndicalistes, c’est le « nouveau statut « , ont affirmé à l’unanimité les syndicalistes. » Ils nous ont humiliés par le nouveau statut, j’ai été choquée en le lisant dans la presse…On était à la 14 ; on nous fait dégringoler à la 10. On est classé au même titre qu’un TS en administration ! « , fulmine une dame d’un certain âge.
» Ce qu’on veut c’est un statut particulier pour les paramédicaux et non un statut commun. Un infirmier à Sonatrach fait quatre fois plus qu’un infirmier TSS diplômé d’état… Au privé, le salaire d’un infirmier avoisine les cinq briques « , enchaîne une de ses collègues. A proximité du service de maternité, une infirmière saluant sa collègue au passage nous dira : » On ne s’est pas vus depuis la grève passée, il y a tellement de charge de travail qu’on ne s’est pas vus…Partout dans le monde, la Fonction publique c’est comme ça, mais, tout de même, il faut que les conditions de travail s’améliorent, avec bac+3, on est classé à la 10 ! » En passant à côté du service des urgences gynécologie, elle ajoutera d’un ton interrogateur : « Trouvez-vous normal que le service des urgences enregistre une telle affluence ? » Et de répondre : » C’est anormal !… Un infirmier pour trente malades, c’est incroyable « . A propos des paramédicaux qui s’envolent vers l’étranger, laissant tout derrière eux, elle nous répond ceci : Même avec mon âge, je suis candidate potentielle pour le départ. C’est normal, là-bas, au moins, ils sont considérés. Qui bénéficie du service public ? On y trouve même ceux de la haute classe qui, pourtant, peuvent se permettre le service chez le privé…A la fin de ma carrière, je me retrouve avec 13 000 DA comme salaire, plutôt minable salaire. J’ai des enfants, donc des charges. Je connais des collègues, qui, avec 34 ans de service, ne font que 14 000 DA / mois de retraite…Elles sont revenues exercer comme vacataires, n’ayant pu subvenir aux besoins de leur famille « . Par ailleurs, l’infirmière a tenu à nous communiquer le taux enregistré dans le service en guise d’illustration : 28 consultations en obstétrique et 15 en gynécologie, et tout en précisant que le taux est élevé en regardant sa montre qui affiche 11h 30mn.
Deux membres du bureau national du Syndicat des paramédicaux, MM. Khodja et Belhadj chargés respectivement de l’organique et des œuvres sociales, venus conforter les syndicalistes, font état d’un suivi massif de la grève et ce, à l’échelle nationale. » La grève, au premier jour, est une réussite totale ; le taux de suivi est de l’ordre de 90%. On nous a appelé de Béjaia, de Chlef, …Même à Tamanrasset, ils ont répondu favorablement. Le SG, M. Gachi, est à Tizi-Ouzou « , diront-ils. » On est prêt à attendre une année pour un statut digne. Où est le résultat de la commission mixte qui a travaillé presque six mois en collaboration avec le ministre, qui, par ailleurs, a donné son accord pour le système LMD ? « , S’interrogent- ils, et d’ajouter : » …A la fin, on nous a proposé un avan-projet auquel on n’a même pas participé « .
Même décor à l’hôpital Mustapha où une affluence nombreuse est enregistrée au niveau de tous les services pratiquement. Meriem, infirmière exerçant au service urologie, nous dira : “Espérons que cette fois-ci, on nous entendra….Pourquoi on nous donne le bac et faire la formation pour nous classer dans la catégorie 10 ?Le salaire de la Fonction publique, c’est minable. Nous concernant, c’est inadmissible ! De mauvaises conditions de travail, les risques, …Cela ne nous arrange pas du tout. Lamentable est notre condition, nous les paramédicaux « .
Ahmed Kessi
