L’événement est aussi une aubaine pour les lecteurs assidus, les universitaires notamment, qui espèrent une marge de remise, minime soit-elle, pour acquérir des ouvrages et des livres à des prix abordables.
Au quatrième jour de l’ouverture du Salon, les adeptes du livre n’ont pas été nombreux à affluer auprés des différents stands durant la matinée, selon les tenants de plusieurs stands. Par ailleurs, l’on fera part d’une fréquente visite d’universitaires et de parents accompagnés de leur progéniture : ce qui est attendu durant la période des vacances.
La halte pédagogique observée est une période pour se ressourcer, se documenter par la lecture et s’approvisionner en livres pour les universitaires en vue de finaliser leurs projets de fin d’études. Saifi, ingenieur de son état et tenant un laboratoire à l’université Mouloud-Mammeri de Tizi-ouzou, s’est déplacé pour voir chercher à enrichir sa modeste bibliothèque. « Autrefois, les livres étaient plus accessibles. Même avec notre modeste bourse, on se permettait d’acheter des livres de temps à autre ; ce qui n’est plus possible de nos jours, la vie étant trop chère », nous déclare d’emblée, en face du deuxième stand qu’il visite. Une virée que nous faisons en sa compagnie, histoire d’enregistrer sa réaction face aux différents rayons de livres, lui étant un féru de la littérature, de physique et d’informatique. « Voyez-vous, prenons à titre d’exemple les livres d’informatique. Hormis les manuels d’initiation, les autres livres sont inaccessibles, 1200 DA, 1650 DA,…Un père de famille ne fera que se détourner face à de tels prix ! », S’exclame t-il au niveau du quatrième stand. Un père de famille accompagné de ses trois enfants qui vont ça et là, d’un livre à un autre, attire notre attention. Notre accompagnateur fait remarquer que le véritable baromètre face au livre est ce père de famille « Attendons pour voir ! », dira t-il. Quelques minutes plus tard notre » indice » quitte le stand après un court échange avec le tenant du stand. Et notre accompagnateur commente : « Il aurait aimé acheter, au moins, un livre à chacun de ses enfants…Je suis sûr, pour ses bambins qu’il se privera lui, s’il mord à l’hameçon ! ». Saifi a acheté à la fin de la tournée deux livres (littérature à 350 DA et physique à 1500 DA).
Un groupe d’étudiants scrutent les différends stands avec minutie, en vue de dénicher quelques livres à un prix raisonnable, qui en littérature anglaise où française, qui en interprétariat, …. Accostés, les universitaires nous parlent de leur vécu quotidien, de leurs maigre bourse qui ne leurs permettent même pas de couvrir le quart de leurs dépenses de poche, de la malvie de vivre qui les ronge et de l’amour qu’il porte à leur patrie qu’ils sont prêt de quitter à la moindre occasion… « Durant ces vacances de printemps, comme à l’accoutumée, on travaillera comme manœuvres pour nous faire une somme d’argent pour se vêtir et faire face à nos frais : achat de livres, les déplacements…. . « . Revenant sur le sujet du livre et des rendez- vous où sa promotion est faite annuellement dans notre pays, l’un d’eux nous a confié : « Y’a-t-il vraiment une culture du livre chez nous ?… on est une société consommatrice ; On a ni clubs de lecture, ni cinéma… Pour le livre, n’en parlons pas ; ceux qui lisent sont de plus en plus rares… On devrait penser à un prix récompensant ceux qui font la promotion du livre et les lecteurs assidus ». A la fin de leur tournée, les jeunes universitaires n’ont pu acheter que cinq livres sur les douzes qui les intéressent. A la sortie du salon, on perçoit sur les visages des visiteurs de la désolation, de la frustration…enfin, disons qu’il y avait plus de mécontents — et de loin — que des satisfaits. Ce qui est évident, vu la dégringolade du pouvoir d’achat et la cherté de la vie qui n’épargne aucune bourse !
Ahmed Kessi
