Mais aujourd’hui on assiste à l’avancée d’un autre fléau social des plus dévastateurs : la consommation de la drogue dans le milieu juvénile. La situation devient de plus en plus inquiétante en dépit de la vigilance de la police judiciaire qui ne lésine ni sur les moyens ni sur la traque des dealers qui arrivent à soudoyer ces jeunes à en prendre des stupéfiants. A chaque fois qu’un groupe est démantelé, quelques jours après un autre en prend le relais. Des cas sont signalés même dans les villages les plus reculés de la région. Pourquoi la drogue fait-elle tant de ravages dans ces milieux ? Pourquoi nos jeunes s’adonnent-ils à la consommation des stupéfiants sous toutes leurs formes ? Telles sont les questions auxquels nous avons essayé d’apporter des éléments de réponses. Evidemment, les raisons sont multiples et diverses. Et à chacun d’égrener son chapelet de celles qui l’ont conduit au bout du tunnel. Celle la plus évoquée est que suivre cette piste était une échappatoire à toute mal vie notamment ces dernières années avec tout ce que connaît le jeune en particulier et le citoyen en général comme difficultés à faire face à la vie. Parmi ces causes, on trouvera aussi le démembrement de la famille qui jadis procurait à cette jeunesse respect et protection. En outre, on a en parallèle une société masquée par tant d’idéologies et tant de tabous. En fait, une absence de perspectives et de planification à telle enseigne qu’un jeune éjecté par le système scolaire se trouve entre le marteau ou l’enclume : ou bien s’y introduire dans ce vis ou bien se laisser enrôler par d’autres fléaux. Pourquoi et comment ces jeunes adolescents consomment-ils la drogue ? Celle-ci se présente sous de multiples formes : poudre jaunâtre, joints, colle, psychotropes… Chacun trouve son compte suivant ses moyens financiers. Dans la discrétion la plus totale, des jeunes rencontrés notamment dans les villages se sont confiés à nous. Ils sont âgés entre quinze et trente ans. Hamid, cheveux coupés à ras, visage tout pâle et yeux rouges, à peine dix sept printemps intervient le premier : « Après que mes parents se sont séparés, mon père s’est remarié. J’ai quitté l’école en raison de manque de moyens et de tout. Le premier joint m’a été offert par un camarade au café maure de notre village, le seul d’ailleurs. Et puis, durant nos veillées nocturnes, je dépassais la dose. Aujourd’hui, c’est fini pour moi. Je ne peux plus reculer. C’est devenu pour moi une habitude ». Pour en savoir plus sur le sentiment qu’il ressentait, il nous répondit sans hésitation : « C’est une sensation extraordinaire. C’est une évasion pour nous ». Il s’arrêta un moment pour reprendre ses esprits : « vous voyez, nous n’avons rien, ni terrain de foot ni internet, rien… Il n’y a que ça… ».
Si pour Hamid, l’aventure avait commencé de la sorte, pour Mouhouche, le deuxième personnage du groupe, c’est une autre histoire. « Il n’y a plus d’espoir dans ce bled. Même dans notre village, les gens ne nous aiment pas. Et pourtant, on ne dérange personne. C’est de l’humiliation au quotidien, il faudra tout de même oublier ». Il tire une bouffée. Pour lui, ce n’était que la seule manière d’oublier. Si ces adolescents avaient emprunté cette voie trop tôt, les autres ne manquent de rien. Mais, ils le font pour s’affirmer car nombreux sont les psychologues qui expriment ce phénomène par l’absence d’affection chez certains, mais cette mini-enquête nous a montré d’autres facettes de ce fléau. Cette deuxième catégorie dépense assez d’argent pour avoir ce « désir ». D’ailleurs, ceux qui appartiennent à cette catégorie n’évoquent ni le manque d’argent ni encore les conditions difficiles qu’ils rencontrent dans leur vie. Ils ne parlent que d’une société balisée par tant d’interdictions. Ces consommateurs ne fréquentent ni le lycée ni l’université. Ils étaient orientés vers « la vie active » depuis des années. Ils sont même issus de familles aisées. Ils ont obéi à la loi que l’oisiveté leur impose. « Il n’y a rien à faire. Pour nous, la nuit remplace le jour. On veille jusqu’à une heure tardive, puis le lendemain, on dort. Et ainsi de suite. Avec ça, on « voyage ». Pas de visas… », ironisa l’un d’eux. De tube de colle en passant par un psychotrope jusqu’au joint le plus coûteux, ces jeunes sont devenus dépendants et même toxicomanes. Ainsi, quand ils n’ont pas de quoi payer leurs joints, ils peuvent se glisser dans des aventures aussi dangereuses les unes que les autres pouvant commettre l’irréparable. Pour un jeune psychologue, animateur d’un point d’écoute dans une Maison de jeunes, ce n’est qu’après que le jeune soit devenu un consommateur avéré qu’il vient se confier. « On essaie tout de même d’aider ces jeunes à sortir de ce cycle infernal. C’est très difficile. La solution se trouve dans la multiplication de lieux où le jeune peut s’exprimer. Il faudrait des forums et des rencontres dans toutes les institutions en commençant par les écoles, puis les Maisons de jeunes et les associations. C’est l’affaire de tous », nous a-t-il expliqué.
A. Ouramdane