Les travailleurs du BTH, ces laissés-pour-compte

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Par ces temps de contestations sociales, de hausses des prix des matériaux de constructions, de la flambée de ceux des denrées alimentaires et de l’intensification des travaux dans le secteur des bâtiments et travaux publics (BTP), une catégorie de travailleurs de ce secteur semble oubliée, marginalisée quand bien même le fruit de leurs efforts : le logement constitue l’objet de controverse, de litiges et de contestations allant par endroit jusqu’à l’occupation de la rue.

Dans ce sens, le salaire des ouvriers du BTP reste l’un des plus faibles, tant les conditions dans lesquelles ils travaillent sont des plus précaires, ou même dangereuses.

Pour illustration, Dda Idir, un maçon rencontré sur l’un des chantiers de la ville d’Akbou, avec ses 20 ans d’expérience, à propos des différentes grèves qui secouent le pays ces dernières années, nous confiera : “Si ceux qui travaillent sous un climatiseur se plaignent, alors que dirons-nous, nous ? Je touche 14 000 DA, une modique somme qui ne suffit qu’à couvrir les dépenses de la première quinzaine du mois. Afin d’arrondir le mois, je bosse chez des privés les week-ends et sans oublier les aides de mes enfants dans l’élevage de quelques têtes d’ovins. Je prie Dieu pour qu’on ne tombe pas malades !”, continue-t-il de dire.

Akli, un jeune ouvrier pour sa part soulignera : “Je viens ici travailler pour 12 000 DA dont sont déduites les 90 DA/jours du transport. Le reste suffit juste à survivre. Le comble, je ne peux pas postuler ici à un logement car je suis résident d’une autre commune. Aussi, je n’ouvre droit à aucune forme de crédit pour la raison que je ne remplis pas les conditions requises par les organismes prêteurs”.

Notons que l’écrasante majorité des travailleurs rencontrés sur des chantiers viennent des villages : un fait social bizarre ! Dda Idir, avec son large ceinturon autour du ventre, porté pour atténuer son mal de dos, revient à la charge : “Moi, je ne crois pas à la nature syndicale dans ces conditions, ce ne sont que des groupes d’intérêt corporatistes, sinon ils seraient venus s’enquérir de notre situation ne serait-ce que par solidarité”. “Je vous assure, de tous ceux que vous voyez ici personne n’a connu la “porte de la justice” (c’est-à-dire qu’ils n’ont pas d’ennuis avec la justice). Nous sommes de humbles gens, honnêtes, travailleurs et bâtisseurs ; nos efforts ne sont pas convenablement récompensés et de surcroît nous travaillons dans des conditions quasi pénitentiaires, il incombe donc à l’Etat de reconsidérer notre situation. D’une part, l’Etat est le seul garant, constitutionnellement, de la justice sociale.

D’autres part, tout l’argent de ces entreprises qui nous emploient vient de l’Etat et non de leurs proches”, conclut-il. L’instabilité consistante dans laquelle baigne le secteur du BTP nécessite l’établissement d’une législation adéquate qui sera en mesure de concilier au mieux les intérêts des acteurs y intervenant, notamment la protection des travailleurs sur chantier qui est l’acteur le plus vulnérable.

B. Sadi

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