La Dépêche de Kabylie : Au premier jour de la grève de deux jours à laquelle a appelé la Coordination nationale des syndicats autonomes de la Fonction publique dont l’UNPEF fait partie, les chiffres semblent contradictoires et le taux de suivi est mitigé. Qu’en dites vous ?
Hassan Sarni : La grève est largement suivie. Je peux vous avancer d’ores et déjà un taux qui oscille entre 80 et 85% de suivi dans le secteur de l’éducation sur l’ensemble du territoire de la wilaya. Je salue, à l’occasion, la mobilisation et la prise de conscience de l’ensemble des travailleurs et fonctionnaires. Cette action est légitime car elle vise à obtenir la révision du régime indemnitaire et la révision du statut particulier. Nous espérons obtenir également la liberté syndicale et nous ouvrir les portes du dialogue pour pouvoir participer aux différents pourparlers pour que les travailleurs se sentent mieux représentés et défendus, notamment concernant la révision de la misérable augmentation de salaire concédée par le gouvernement. C’est grave lorsqu’un travailleur qui touchait 7 000 dinars n’a eu que 100 dinars d’augmentation. Quant aux enseignants qu’on dit avoir bénéficié entre 5 000 et 9 000 dinars, nous disons que c’est insignifiant face à l’inflation galopante et la dégradation effrénée du pouvoir d’achat. Contrairement aux autres corps, à l’exemple des magistrats pour qui le gouvernement a accordé 50 000 dinars de prime de costume !
La réaction des autorités de tutelle ne sera pas si tendre envers votre mouvement de protestation, n’empêche vous vous entêtez à paralyser les différents secteurs de la Fonction publique…
Il est clair qu’en Algérie si tu ne cries pas tu n’auras rien. Face à la surdité du gouvernement, nous ne pouvons que crier très fort pour lui dire tout le mal qui ronge la situation socioprofessionnelle des travailleurs de la Fonction publique. Le gouvernement doit ouvrir grands les yeux pour reconnaître les vrais représentants de ces travailleurs que sont les syndicats autonomes.
L’époque où la Centrale syndicale de l’UGTA était le seul représentant des travailleurs et fonctionnaires est révolue. Ce syndicat n’arrive plus à sortir la tête de l’eau pour qu’il puisse prétendre représenter, désormais, la masse ouvrière qui se sent lésée et méprisée. Pour ce qui est de la réaction des autorités et des différentes tutelles, vous devriez savoir que pas plus loin que ce matin (hier matin, ndlr) une circulaire émanant du ministère de l’Education nationale a atterri sur les bureaux de quelques directeurs d’école pour leur expliquer que la grève est illégale et qu’il faut prendre des mesures coercitives contre les grévistes.
Cette réaction du ministère de l’Education nationale est, à vrai dire, illégale car la loi 90-02 donne le plein droit aux syndicats agréés de faire grève.
Mais le fait de recourir à des grèves cycliques n’est-il pas synonyme de ce que l’ancien Chef du gouvernement a qualifié de prise d’otages contre le peuple ?
C’est une allégation politicienne émanant du responsable du RND qui est pourtant un parti démocratique tel qu’il le prétend. C’est indigne d’un homme politique et d’un haut cadre de la nation. Nous sommes des syndicats libres, autonomes et démocratiques, donc libres et en droit de défendre les droits des travailleurs.
Toutes les actions que nous menons n’ont qu’un seul but : défendre les travailleurs pour qu’ils accèdent à une vie digne. Je dois dire à ceux qui déclarent des choses pareilles : il est temps de se rendre compte que le simple travailleur est misérable, que le simple travailleur n’arrive plus à satisfaire les besoins de ses enfants.
Ils doivent faire connaissance avec cet enseignant de Tizi-Ouzou qui, une semaine après avoir touché son salaire, est contraint de mélanger deux litres d’eau aux deux sachets de lait qu’il achète quotidiennement.
Je vous laisse le soin de situer les preneurs d’otages dans ce cas-là.
Vous accusez l’UGTA d’être un appareil au service du pouvoir alors que c’est pratiquement le même qualificatif qui s’applique à l’UNPEF qui possède un siège au sein de la Direction de l’éducation de Tizi-Ouzou. Quel est votre commentaire ?
Il faut savoir que les gens qui pensent ainsi ont tort, car c’est moi-même qui avais défoncé la porte de ce siège pour l’occuper. J’ai pris cette responsabilité en ma qualité de responsable de ce syndicat à Tizi-Ouzou. Je l’ai fait parce que l’UGTA en possède un au même endroit, alors pourquoi pas nous? Le droit à la possession d’un siège par les syndicats agréés est consacré par la loi 90-02.
En plus, nous étions rassurés par la note du ministre de l’Education nationale qui avait demandé aux directeurs de l’éducation des wilayas de mettre des sièges à la disposition des syndicats agréés. Le nôtre nous a été promis puis accordé officiellement par l’ancien directeur de l’éducation, M. Lekkaf, qui avait signé l’attribution de ce siège à l’Unpef quelques semaines après l’avoir squatté.
Entretien réalisé par M. A. T.
