Quête d’originalité

Durant ces Rencontres, un débat de haut niveau animé par Daho Derbal (historien) et Brahim Hadj Slimane (journaliste) autour de la problématique de la création artistique en Algérien, a suscité grand intérêt dans la salle. «Durant les années d’extrême violence, dira Daho Djerbal, la société a subi des bouleversements profonds marqués par des ruptures de continuité. Cela a causé une perte de l’esthétique, une pauvreté de la parole, une inadéquation entre la production intellectuelle, artistique à ceux envers lesquels elle est destinée. » L’historien a cependant ajouté que ce décalage et cette faiblesse de la création ont «préexisté au terrorisme» et que «la faille se situait depuis les années 80». Hadj Slimane a, quant à lui, évoqué le phénomène de la religiosité, la marginalisation de l’artiste dans son milieu social et la «corruption qui a gangrené le monde artistique» pour expliquer toute la difficulté entravant sérieusement la création artistique et littéraire en Algérie. Evoquant le même thème, mais dans un autre cadre, le cinéaste français d’origine égyptienne, Samir Abdallah rejoint l’analyse de Daho Djerbal en insistant sur le fait que «les guerres, dit-il, n’empêchent pas la création. Kateb Yacine et Mohammed Dib ont écrit de grands romans pendant la guerre d’Algérie. » Pour Yacine, journaliste, il préférera parler plutôt de pauvreté du champ artistique et littéraire mais non de son inexistence totale, comme cela a été suggéré par maints intervenants. Quant aux raisons profondes expliquant ce constat, il n’y a eut point d’analyses proposées par les différents orateurs vu la compléxité de cette problématique. Ces Rencontres ont été également relevées par la mise en place d’un atelier de formation à l’animation de ciné-clubs destiné à initier et sensibiliser des jeunes stagiaires de plusieurs villes du pays en leur inculquant les rudiments de la pratique du 7e art. «Ces stages de formation permettront aux stagiaires d’approfondir les notions acquises (… ) dans la perspective de les mettre en pratique dans des projets d’actions cinématographiques», lit-on dans le communiqué de presse. Durant les débats restreints dans le cadre du café-cinéma, beaucoup d’intervenants ont mis le doigt sur la nécessité de la création, comme en France, d’un Centre national du cinéma (CNC) en Algérie, et qui sera composé de professionnels du cinéma, pour encourager et financer des œuvres cinématographiques, exiger des institutions officielles, l’ouverture et l’entretien de salles de cinéma, de créer des instituts de formation de cinéastes et aux métiers du cinéma… Dans le même sillage, plusieurs voix ont émis le vœu de voir nos cinéastes se pencher sur les thèmes forts, sensibles, originaux, bouleversants, à l’instar de Aliénations où l’on a pu voir et admirer des malades mentaux de l’asile psychiatrique de Constantine qui s’exprimaient sur des sujets d’actualité d’une manière telle qu’ils nous révèlent dans toutes leurs nudités les tares et avatars de notre société. Ce documentaire a été d’ailleurs chaleureusement applaudi par le public. Ce n’est malheureusement pas le cas pour d’autres. Il a été également suggéré aux organisateurs de maintenir le cap sur le film documentaire, tout en prospectant des sujets nouveaux portant une thématique imprégnée des réalités nouvelles de notre société. En outre, il y a lieu de déplorer le manque d’intérêt et de considération des autorités locales à l’égard de cette manifestation cinématographique, l’une des rares en Algérie pourtant.

K. S