La Dépêche de Kabylie

« Il n’avait dans sa main rien d’autre que son cartable « 

Ce jour-là, il est huit heures du matin, c’est l’heure de la rentrée des classes. Mais les jeunes ne veulent pas rejoindre les salles de cours. La protesta commence. Des coups de feu partent du côté du siège de la Garde communale. Hocine Chaibet, quinze ans, cartable à la main, tombe quelques deux cents mètres plus loin, deux jeunes ont été aussi blessés. Hocine part pour toujours. La manifestation continua toute cette journée du 28 avril. Une date à retenir. Deux associations Les Amis de Krim-Belkacem et Tarwa n’Krim Belkacem, chacune de son côté, lui a rendu hommage. Les Amis de Krim-Belkacem ont programmé un tournoi de football inter-CEM de la commune lancé vendredi dernier. Le CEM Oudni s’est qualifié en finale aux dépens de celui d’Iâllalen et le CEM de Tachitlouine devant celui de Tafoughalt. La finale a été jouée avant-hier lundi. Les collégiens des Frères-Oudni du chef-lieu ont battu leurs homologues de Tachtiouine par deux buts à zéro. Au terme de ce match tous les participants à ce tournoi se sont inclinés devant la stèle érigée à la mémoire de Hocine Chaibet, qui avait le même âge qu’eux lorsqu’il a été tué, pour rallier ensuite le cimetière d’Iâllalen pour se recueillir sur sa tombe. Le groupe s’est dirigé ensuite au domicile familial où il y eut des prises de parole. Omar Moussi, président de l’association, le premier vice-président d’APC, la mère de Hocine et son fils Amar ainsi qu’un témoin Sanat Hocine ont, tour à tour, évoqué les qualités humaines de cet adolescent ravi à la vie à la fleur de l’âge. En tout cas, sa mère ne mâche pas ses mots. Na H’lima ne pardonnera jamais à ceux qui ont assassiné la prunelle de ses yeux. « L’affaire est mise aux oubliettes. Depuis son procès tenu au tribunal de Draâ El Mizan, où une peine de trois ans de prison a été prononcée à l’encontre des assassins en correctionnelle, rien n’a été fait. Ils disent que les faits seraient reconstitués. Nous demandons toujours que l’affaire passe en criminelle car il y a eu mort », nous a dit son frère Amar. Au terme de ce programme, des trophées ont été remis aux finalistes. Des maillots floqués au nom de l’association et de Chaibet Hocine ont été remis à tous les participants. Les représentants des collèges ont eu droit à des maillots et à des attestations. Un tricot portant le numéro 6 a été remis à la famille, car le martyr aimait ce numéro et aussi une attestation. L’APC d’Aït Yahia Moussa a eu droit aussi à la même distinction. « Nous remercions tous ceux qui ont participé à la réussite de cet hommage car Hocine mérite encore mieux. Prochainement, des maillots seront remis aux donateurs. Nous remercions aussi les autorités locales qui ont contribué en mettant à la disposition de tous le transport », a déclaré Omar Moussi, après la collation offerte à ceux qui ont honoré de leur présence cet hommage.

La seconde association représentée par Rabah Moussi en collaboration avec l’APC d’Aït Yahia Moussa a tracé un tout autre programme. Après le recueillement sur la tombe du martyr à Iâllalen avec prise de parole des membres de l’association, du deuxième vice-président d’APC et de l’ex-maire, la procession s’est déplacée à Oued Ksari. Après une minute de silence observée à la mémoire de Hocine et des martyrs du Printemps noir, la chorale de l’association de Tarwa n’Krim Belkacem s’est produite devant la stèle où on peut lire : « Stèle dédiée au martyr Chaibet Hocine âgé de quinze ans assassiné par balles par les gardes communaux d’Aït Yahia Moussa le 28 avril 2001 ». Le chanteur Amar Belkada a récité un poème écrit pour l’occasion. Son frère Amar et sa mère réitèrent leur engagement de lutter jusqu’à ce que la vérité soit faite sur la mort de Hocine.

« Depuis que Hocine a été tué, je n’ai plus le courage de voir ces tenues vertes. Ce sont des assassins ! », clame fort Na H’lima en retenant ses larmes. D’autres personnes ont tenu à exprimer leur soutien à la famille et à la cause. On citera des ex-délégués du Mouvement citoyen, Omar Moussi, Rabah Moussi, le maire d’Aït Yahia Moussa… Tous étaient unanimes pour dire que justice sera faite. Le programme de la journée s’est poursuivi au sein de la Maison de jeunes d’Aït Yahia Moussa avec une exposition de photos et coupures de journaux sur le combat de tous les jeunes tombés à la fleur de l’âge pour que vive tamazight. En tout cas, les présents ont juré de rappeler chaque année cette date en vue de demander toujours la vérité sur la mort d’un adolescent qui n’avait, entre les mains, que son cartable.

A. Mohamed

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