Na Saâdia tire sa révérence

La nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre et c’est le Tout – Saharidj qui a afflué vers son domicile avec une douleur apparente sur les visages. Na Saâdia vient de rendre son dernier souffle en ce début de semaine après une lutte contre la mort qui a durée 30 jours. Elle succomba à une hépatite virale qui lui a rongée les entrailles sans pourtant en tirer une seule plainte. Elle s’en va humble, courageuse comme elle a toujours vécue jusqu’a l’âge de 75 ans. Veuve dès son jeune âge, cette vénérable femme a retroussé les manches pour s’occuper de ses sept enfants tous en bas âge. Elle ne recula devant aucune besogne pour leur assurer une vie décente tout en veillant à leur inculquer une éducation sans reproche. Durant toute sa vie, elle s’accorda rarement un moment de repos ; ses mains d’une rare agilité fabriquent et confectionnent de menus objets indispensables dans la vie quotidienne des montagnards. A partir de rien elle façonne des balais traditionnels, des poteries, des tapis qu’elle revend pour nourrir sa progéniture et leur permettre aussi d’aller à l’école comme tous les enfants de leur âge, sans manquer de rien. Qui ne l’a pas rencontrée un fagot de bois sur le dos ou du foin pour la dizaine de chèvres qu’elle élève en parallèle ? Sa connaissance des herbes médicinales et son expérience pour assister un accouchement ont fait d’elle une personne incontournable à laquelle on fait appel dans des moments difficiles. Par sa bonté, son expérience et sa servitude elle a fini par se faire une réputation et s’imposait dans l’un des plus rudes milieux sociaux de la région, vénérée et respectée par tous. Le plus remarquable chez cette femme exceptionnelle est la stricte discipline qu’elle imposa à ses sept enfants, mêmes adultes et ses 19 petits-fils et ses brus. En véritable chef de famille, elle répartie quotidiennement les tâches et veille au grain à leur application. Na Saâdia est enviée et citée comme exemple. On ne lui connaissait aucune maladie : son corps robuste a défié toutes les agressions externes. Elle a continué à maintenir le même rythme de travail jusqu’à ce qu’elle soit terrassée par cette terrible maladie. Na Saâdia ne s’allongea que pour rendre son dernier souffle et entamer son repos éternel. Elle laisse un grand vide dans toute la commune de Saharidj qui s’est mobilisée en ce début de semaine pour lui rendre un dernier hommage.

Omar Soualah