La Dépêche de Kabylie : Le procès que vous avez intenté en appel a viré à la bagarre au sein même de la salle des audiences. A quoi est due cette cacophonie?
Belaïd Abrika : Le juge, sans aucune concertation, a appelé les avocats pour une audience spéciale, ce que nous avons refusé car ce procès a déjà été reporté plusieurs fois. En plus, cela pousse même à se demander pourquoi avoir ramené des personnes, qui sont de simple exécutants, et ne pas convoquer le véritable instigateur, en l’occurrence le capitaine de la gendarmerie de Draâ El Mizan, dont nous avons demandé la présence et à ce qu’il soit entendu. Le juge a dit qu’il allait convoquer tout le monde. A ce moment-là, les accusés ont commencé à scander « il n’ y a pas de gendarmes, il n’ y a pas de gendarmes… » Ils ont par la suite agressé la partie civile, les citoyens et les avocats présents dans la salle. Devant ce cafouillage, le magistrat a arrêté toutes les audiences. Nous sommes restés à l’intérieur de la salle et nous n’étions donc pas au courant de ce qui se passait à l’extérieur.
En votre qualité de victime, les accusations que vous portez contre les accusés sont très graves, notamment celle ayant trait à la tentative d’assassinat. Avez-vous des preuves tangibles contre l’officier de gendarmerie que vous citez dans l’affaire?
D’abord permettez-moi de revenir sur l’incident. Cette affaire remonte au 30 novembre 2006, lorsque l’on a décidé d’aller faire une réunion avec les blessés et les parents de martyrs du Printemps noir pour leur expliquer leurs droits et leur statut que nous avions programmé de tenir dans la salle des fêtes des Ouadhias. Au moment où on allait commencer la rencontre, il y a eu l’irruption de ce groupe conduit par le propriétaire du débit de boissons « Liberté », Kamel Athmani et son frère Rachid accompagnés par les videurs et de personnes armées d’armes blanches et de bombes lacrymogènes. Ils se sont mis à nous insulter et à nous agresser physiquement. Ayant compris qu’il s’agissait d’un complot et qu’ils cherchaient à nuire à notre intégrité physique, nous avons tenté de fuir. Dans notre fuite, nous avons été poursuivis par ce groupe qui exhibait des armes blanches. Je l’ai échappé bel, dois-je le dire, j’ai été protégé par mon ami, le délégué de Tizi-Rached qui s’est interposé face à une personne lequel me menaçait de deux couteaux.
Nous avons établi des certificats médicaux et nous avons bénéficié d’arrêts de travail. Nous avons, par la suite, déposé plainte pour tentative d’assassinat, coups et blessures. Pour revenir à votre question, la preuve la plus tangible, c’est cette déclaration sur l’honneur faite par l’un des accusés qui était avec eux au moment de la préméditation et durant le déroulement de l’agression. Il a tout raconté sur les préparatifs du complot citant la présence du capitaine de la gendarmerie dont nous exigeons aujourd’hui la présence. Le témoin a précisé que les instigateurs du complot se sont réunis quelques heures avant le déroulement de leur forfait et que l’officier les a accompagné, qu’il était avec eux et qu’il est descendu à la brigade des Ouadhias où il les attendait pendant qu’ils accomplissaient leur forfait. Et bien sûr, le soir même, ils ont fêté leur acte dans un cabaret.
Tout le monde sait que ces gens-là bénéficient de la protection des services de sécurité, des parrains du régime pour service rendu. L’appareil judiciaire est également mis à contribution pour protéger les auteurs de ce forfait.
Vous vous appuyez donc uniquement sur cette déclaration sur l’honneur de l’accusé pour incriminer l’officier ?
Bien sûr, il y a ses propres déclarations qu’il a faites devant le tribunal de Draâ El Mizan. Le procès qui s’est déroulé dans ce tribunal, il y a quatre mois de cela, où M. Mokrani Liès en sa qualité d’accusé, a confirmé sa déclaration écrite devant le juge à qui il a confirmé les réunions tenues avec l’officier de la gendarmerie et ce qu’ils ont fait lors de l’incident.
Estimez-vous l’action de cet officier comme étant un acte isolé ?
Pour nous c’est clair : c’est un acte calculé et prémédité, car nous soupçonnons fort l’implication de la mafia qui est au pouvoir. C’est une décision prise ailleurs. Le gendarme n’est qu’un exécutant. Bien sûr que ce groupe de mafiosi n’est pas rassasié par les 126 martyrs de même qu’il n’arrive pas à gober le fait que le Mouvement citoyen continue d’exiger le jugement des assassins des victimes du Printemps noir. L’affaire des Ouadhias est liée à notre arrestation la veille suite à notre action menée contre la présence des gendarmes dans le barrage de Sikh Oumeddour. C’est clair qu’ils cherchaient à nous faire taire, non point sur le plan des idées, mais cette fois-ci, ils avaient bien envisagé la liquidation physique.
Propos recueillis par M.A.T.
