La décision annoncée par le ministre de l’Education d’exempter d’examen les élèves des classes de 6e année a manifestement tiré à conséquence.
Dans toutes les écoles primaires de la région d’Akbou où nous nous sommes rendus, la désapprobation de cette mesure jugée inopportune et contre-productive, est déclinée sur tous les tons. « Le ministre de l’Education nous a saqués », tonne Samira, institutrice en charge des 6e années dans une petite école rurale. Cette éducatrice a noté : « Les absences répétées et de l’indiscipline chez ses élèves ». Pour Farida, enseignante dans la même école : « Cela ne rime à rien de préconiser des heures supplémentaires et des cours de rattrapage s’il n’y a pas d’examen-sanction ».
Sachant que leur visa pour la 1re AM c’est du tout cuit, les élèves sont pétrifiés dans une posture d’immobilisme, devenue une sorte de poule aux œufs d’or. « Nous essayons sans trop y parvenir d’éperonner les potaches en les persuadant d’impossible revirement, d’un changement de dernière minute », se désole un éducateur d’Akbou. Un aveu d’impuissance qui en dit long sur la somme d’efforts à consentir pour un résultat aléatoire.
Mokrane I., instituteur à Ouzellaguen, va plus loin en insinuant qu’aux yeux de l’élève, le maître n’est que la cinquième roue du carrosse, tout juste bon à être tourné en farce : « Des élèves qui rient aux anges, n’en font qu’à leurs têtes, quand il ne sont pas tout simplement absents », raconte-t-il.
Partout, les éducateurs approchés sont unanimes à relever la perte du goût de l’effort, la démotivation et la pratique de l’école buissonnière qui fait toujours plus d’émules chez les élèves. D’aucuns en viennent à fustiger l’attitude de certains parents d’élèves qui, loin d’exhorter leurs enfants à une vie scolaire trépidante, en sont au contraire le mauvais ange : « Quand, suite à une interpellation un parent nous rétorque au nez « J’ai d’autres chats à fouetter, mon fils est déjà au CEM, cela se passe de tout commentaire ! », soutient Djamel, exerçant à Tazmalt.
N. M.
