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Retour timide à l’agriculture de montagne

Ils commencent à éprouver d’amers regrets pour leur comportement négligeant envers leurs terres qui avaient subvenu, bon an mal an, aux besoins de leurs ancêtres. « J’aurais dû prendre soin de mes champs, je serais aujourd’hui moralement et financièrement mieux, nous confie Da Idir qui regrette “le temps qu’il a passé dans une vie de farniente ». Même son de cloche chez un robuste gaillard de quarante ans, fonctionnaire de son état qui nous dit que l’usage qu’il a fait de son temps libre est une catastrophe. « Si je ne suis pas dans un café à jouer au rami, aux dominos ou à palabrer inutilement avec des compagnons de fortune, je tombe pieds joints dans un cybercafé pour  » vivre par procuration »… Quel gâchis ! « la vie de mollesse excessive” qu’il mène lui fait d’ailleurs dire qu’il est un fonctionnaire qui ne fonctionne plus ! Des remords, voilà le lot de ses villageois qui ont tourné royalement le dos au travail de la terre qu’ils considèrent comme un sot métier propre à être exercé uniquement par des « roturiers ». Mais voilà, à peine les prix des produits alimentaires commencent à grimper qu’ils tournent les yeux ronds vers leurs terres abandonnées. Ce sentiment de culpabilité d’avoir mal géré et son héritage et son précieux temps, a fait naître chez beaucoup l’impérieux désir de revitaliser leurs champs et de réhabiliter les « trésors » que leur ont laissés leurs parents. Avec ou sans l’aide de l’Etat, ils sont des dizaines aujourd’hui à participer vaillamment à la réédification de leur région et au renouveau rural. Ce qu’il faut signaler est que la majorité d’entre eux travaillent hors des programmes lancés par l’Etat car, nous dit l’un d’eux pour en bénéficier, “il faut être armé de la patience de Sidna Ayoub”. A titre d’exemple, dans le cadre du PPDRI, pour les projets individuels, les conditions imposées par les banques allant de l’apport personnel qui peut aller jusqu’à plus de 100.000 DA, à l’hypothèque font qu’on ne se bouscule pas aux portes des subdivisions agricoles.

« On ne prête qu’aux riches », nous dit Mouloud, un apprenti apiculteur qui s’est pris tout seul en charge loin des circuits administratifs trop rébarbatifs. En ce mois d’avril, dans certaines communes des deux dairate Sidi-Aich et de Chemini, la greffe végétale est à l’honneur. Plusieurs propriétaires dont les oliveraies familiales ont été appauvries —quand elles ne sont pas totalement disparues — à cause des incendies et du manque d’entretien, se consacrent au noble travail de réhabilitation. On espère rendre à l’olivier la place qu’il avait auparavant dans la région.

A voir aujourd’hui les immenses espaces occupés par l’oléastre (olivier sauvage) dans certaines régions de Béjaia, on se surprend à mesurer les énormes pertes causées aux familles mais aussi à l’économie régionale. Avec ce retour, quoique timide, quoique tardif, à l’agriculture de montagne, on peut espérer que c’est un vrai premier pas pour un véritable renouveau rural.

Boualem B.

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