Notre cinéaste a vécu et travaillé à Alger. Après un passage à Paris au début des années 1990, il décide de regagner le pays pour s’installer à Béchar (à 1200 km du nord), au fin fond du désert algérien, préférant ainsi l’exil intérieur à beaucoup d’autres choses. Ses premiers pas dans le cinéma, il les fit en 1969 en tant qu’assistant de Allal Yahaoui, l’illustre et chevronné directeur/photo algérien, et sous la direction artistique du réalisateur Ahmed Rachedi dans son très beau film l’Opium et le bâton. Seulement, dommage qu’il ne soit pas tourné dans sa version originale en kabyle, comme l’avait souhaité Mouloud Mammeri, l’auteur du livre d’où est tiré le scénario. Quelques temps après, il grimpe les échelons pour devenir lui-même directeur/photo auprès du cinéaste Lamine Merbah. Par la suite, il travaillera pendant quelques années pour le compte de la Télévision algérienne, avec notamment Bachir Belhadj et Aziz Smati et leur mythique émission télévisée Bled Music, animée par les très populaires Kamel Dynamite et Hanane El Mezaouaqa. Vint alors le temps du passage à la réalisation, avec un penchant avéré pour le genre documentaire. Quelques-uns seront diffusés par Canal Algérie, d’autres par des chaînes étrangères, à l’exemple de France 2, TF1, Arte, TV5, Al Djazira, CNN, ANN, Canal+ etc… Il a à son actif plusieurs documentaires parmi lesquels. Dans la série « révélations du désert » : Le Bonheur des autres, un film de 26’ sur l’ancienne houillère de Kenadsa, La Proie du désert, un film de 26’ sur la singulière vie d’Isabelle Eberhardt, emportée par la crue en 1904 en voulant sauver son mari algérien, Pierre Rabhi, un film de 26’ sur ce célèbre agronome algérien de renommée mondiale, le premier pratiquement a avoir prédit la maladie de la vache folle dès les années 1970. Dans la série Les plumes de l’exil :Malika Mokadem, un film de 13’ sur l’une des plus prolifiques plumes algériennes,Yasmina Khadra, un film de 13’ sur le célèbre écrivain algérien (et ancien militaire en retraite) injustement mal reçu par la presse algérienne de l’époque, et qui a défrayé la chronique durant les années 1990, et enfin L’artiste des Immortels, un film de 52’ sur les artistes et intellectuels algériens assassinés durant la décennie noire. Notons que tous ces documentaires ont été réalisés dans le cadre de la boîte de production privée Saoura Vidéo production, créée à partir de l’an 2000 à Béchar. Ces projets sont nombreux : toujours dans la série Révélations du désert, il prépare des documentaires de 26’ sur Ziad Boufeldja, celui qui a fait sortir une nonne de l’église pour l’épouser dans les années 1940 à Aïn Sefra, un autre sur Mohamed Ould Cheikh, l’un des trois premiers auteurs algériens francophones, auteur de Meriem dans les palmes, et fervent nationaliste, mort d’une mort suspecte à l’âge de 32 ans à l’hôpital militaire d’Oran en 1930, sans oublier le déjà entamé sur Pierre de Foucault qui s’est retiré en ermite loin de la civilisation occidentale, dans l’immensité et la splendeur du désert algérien. Quant à la présence de notre ami cinéaste Belkacem Haouchine à Bgayet, elle s’est réalisée grâce aux efforts conjugués de Omar Fetmouche, Directeur du TRB et des « Ateliers du cinéma » de la ligue des Arts dramatiques de la wilaya de Béjaïa. Le jour même de son arrivée (dimanche 29 mai 2005) une séance de projection-débat a été organisée l’après-midi même, et animée par les « Ateliers du cinéma » à la petite salle du Théâtre régional Abdelmalek Bouguermouh de Bgayet. L’assistance était moyenne mais relevée par la présence de grandes figures des milieux culturels bougiotes, d’où le très intéressant débat qui s’en est suivi juste après la projection (de très bonne qualité aussi) de son émouvant documentaire L’artiste des Immortels. Un très bel et poignant hommage à nos très chers artistes et intellectuels, lâchement assassinés par les hordes des « tueurs de rêves et d’espoir », durant la décennie dite noire. Les journées du lundi et mardi, étant laissées au cinéaste Belkacem Haouchine et sa femme qui l’accompagnait, pour se reposer et redécouvrir la ville de Bgayet, qu’il aime toujours et qu’il n’a plus revu depuis longtemps. Il en profita pour se recueillir sur la tombe de Saïd Mekbel, lui qui venant de Tizi Ouzou s’est également recueilli au passage sur celles de Feu Matoub Lounes et de Tahar Djaout. De même que notre ami Belkacem Haouchine, en a profité de son passage à Béjaïa, pour aller rendre une visite de courtoisie à Dda Abderahmane Bouguermouh, celui qu’il considère à juste titre comme étant son porte bonheur et le « père » de son parcours cinématographique, pour « avoir convaincu mon père de me laisser faire des études de cinéma au début des années 1970, pendant que lui, tenait à ce que je fasse des études de droit ou de médecine », tenait-il à nous préciser.
Engagement pour le cinémaL’après-midi du mercredi suivant, les stagiaires des « Ateliers du cinéma » ont eu l’honneur de le recevoir dans leur salle des cours à la Maison de la culture Taos-Amrouche de Bgayet pour leur animer leur deuxième séance de chaque semaine, sur le thème : « Le film documentaire de l’idée à la réalisation » avec à l’appui projection-analyse de son documentaire Le bonheur des autres sur l’exploitation colonialiste de l’ancienne houillère de Kenadsa à Béchar. En soirée de ce même mercredi, une autre projection-débat a été programmée en plein air par ces mêmes ateliers du cinéma en collaboration avec le Comité de cité de Targa Uzemmur et l’infatigable Tahar son président, au plus ancien campus universitaire mixte de Bgayet, devant des centaines d’étudiantes et d’étudiants malgré la période d’examens. Le documentaire L’artiste des Immortels, a suscité un passionnant très riche, et long débat. Cela a duré de 20h30 jusqu’à minuit pratiquement. Le lendemain, jeudi, ce fut l’occasion pour les Ateliers des lettres de la même ligue des Arts dramatiques de Bgayet, de programmer le cinéaste spécialisé dans le documentaire et invité des Ateliers du cinéma, pour un passage aux « Jeudis littéraires ». Après la présentation d’usage de l’invité du jour à la très nombreuse assistance de ce 8e Jeudi littéraire, Belkacem Haouchine, puisque c’est toujours de lui qu’il s’agit, n’a pas manqué de remercier les organisateurs de leur invitation avant de développer sur les conditions de tournage ainsi que les circonstances qui ont prévalu à la réalisation de ses deux films-documentaires : Yasmina Khadra, un portrait du célèbre écrivain algérien qui a défrayé les chroniques pendant longtemps et injustement mal accueilli par la presse des années 1990 à cause de sa carrière d’ancien militaire en retraite, ainsi que L’Artiste des Immortels, un vibrant hommage aux artistes et intellectuels algériens lâchement assassinés durant la décennie noire, par les forces obscurantistes. Encore une fois, ces deux documentaires ont suscité un passionnant et riche débat, avec à la fin la belle promesse faite par Belkacem Haouchine (sur proposition des animateurs) de prendre contact avec la célèbre écrivain algérien établi à Paris pour une invitation le plutôt possible aux Jeudis littéraires de Bgayet. En soirée et à partir de 20h30, les Ateliers du cinéma ont programmé une autre projection-débat en collaboration cette fois-ci avec le Comité de cité du 17-Octobre 1961 dite la Pépinière avec son très actif président Hakim, à la salle de spectacle de l’importante cité universitaire et devant plus d’une centaine d’étudiantes et d’étudiants en pleine période d’examens pourtant. Cela nous a permis de constater encore une fois que les documentaires Yasmina Khadra et L’Artiste des Immortels de notre ami Belkacem Haouchine suscitaient toujours de très bons et passionnants débats au point de nous oublier et qu’il était déjà minuit. Le lendemain vendredi, les Ateliers du cinéma de la ligue des Arts dramatiques de Béjaïa, se sont déplacés à Timezrit distante d’une cinquantaine de kilomètres de la ville de Bgayet, pour programmer une ultime projection-débat avec Belkacem Haouchine à la salle de spectacle de la Maison de jeune de Timezrit, village natal de feu Azzedine Meddour, sur la tombe duquel notre ami cinéaste s’est humblement recueilli. Cette virée sur Timezrit s’est concrétisée avec à la précieuse collaboration de la jeune association locale « Ciné+ », grâce à laquelle aussi un bel hommage a été rendu deux semaines avant à la mémoire de Azzedine Meddour. Tout d’abord, l’équipe accompagnée par Azzedine « Z’awali » s’est rendue à l’ancienne mine de fer (maintenant en ruines depuis son arrêt en 1976), sur les hauteurs du village. L’idée de consacrer un film-documentaire à cette mine de Timezrit dans la cadre des Ateliers du cinéma, a été lancée depuis quelques mois déjà mais s’est posée de façon concrète depuis la dernière séance animée par le cinéaste Belkacem Houchine, autour de son documentaire sur la mine de Kenadsa. Des repérages ont été donc effectués à cet effet, avec quelques prises de photos par les reporters-photographes Mahfoud et Karim. Ensuite, le temps d’installer le matériel de projection et de sonorisation avec les réglages nécessaires, la séance de projection-débat fut entamée par une courte présentation de Mourad l’animateur de « Ciné+ » et Nordine de la ligue, avec un mot de l’invité cinéaste devant une salle pleine. La projection a duré un peu plus d’une heure, et les débats durèrent beaucoup plus, toujours aussi riches et passionnants. La nouvelle du projet de tournage d’un documentaire sur l’ancienne mine locale, a été chaleureusement accueillie par l’assistance présente. Tous se sont montrés disponibles pour soutenir le projet, qui en principe ne tardera pas à voir le jour avant la fin de l’année en cours. Projet qui tenait déjà à cœur au défunt Azzedine Meddour. C’est dans l’habituelle ambiance de convivialité que s’est terminée cette enrichissante séance de projection. Toute l’équipe s’est retrouvée par la suite vers 22h30 au restaurant bordant la RN12 du sympathique Karim Aidel pour un dîner familial.
Nouredine Khaled Khoudja
