La Dépêche de Kabylie

Former des ingénieurs-entrepreneurs

L’histoire du partenariat université de Bgayet-Ecole des mines d’Alès (France), appelé à épouser une configuration triangulaire avec l’implication de l’université de Catalunya (Barcelone), sous l’égide de la commission européenne, se décline d’abord en fermes, d’amitié, d’exemplarité ensuite et enfin d’efficacité. D’amitié, en ce qu’il trouve ses origines dans l’estime mutuelle que se vouent les responsables des deux institutions en dehors de toute convention ou accord-cadre (ils n’existent pas !), d’exemplarité à travers l’échange d’enseignants et d’étudiants au moment où on ne se bousculait pas au portillon Algérie, au plus fort de la décennie noire, d’efficacité parce que le projet commun est conçu pour apporter un plus à l’université de Bgayet qui a fait de la modernité son cheval de bataille favori. Réunies mardi après-midi au rectorat de l’université, les deux principales parties de la future troïka ont procédé aux dernières retouches de l’accord qui, sauf imprévu, prendra effet à la rentrée 2006. Il consiste à mettre sur les rails un projet commun très ambitieux qui se propose de modifier la formation d’ingéniorat classique pour y introduire une composante entrepreneuriale Il s’agit de manière plus prosaïque d’assurer une formation tournée vers la création d’entreprises. Cette nouvelle manière de penser a été rendue exigible par les contraintes nouvelles auxquelles sont confrontés tous les pays de la planète et qui portent un nom : le chômage des cadres ! La Fonction publique ayant tendance à dégraisser, ce qui n’est pas pour arranger les choses, le corollaire qui s’impose est que les emplois se focalisent de plus en plus dans les PME. Cette idée qui fait son chemin depuis maintenant plus d’une décennie est partagée par de nombreux experts. L’Ecole des Mines d’Alès fait œuvre de pionnier dans ce domaine avec la mise en place d’une pédagogie d’entreprise depuis 10 ans, en collaboration avec la prestigieuse HEC Alès, dès 1994 a adopté la démarche entrepreneuriale et dispose, après avoir un temps « roulé la tête dans le guidon » d’une expérience importante récompensée par de nombreuses distinctions internationales et une marque déposée « l’ingénieur-entrepreneur ». La mise en place d’incubateurs d’entreprises lui a permis non seulement de relever la tête, mais surtout d’atteindre la notoriété et les objectifs tracés. C’est cette expérience qu’elle propose à l’université de Bgayet dans le cadre d’un programme de coopération financé par l’Union européenne (projet Tempas), le tout faisant partie du programme d’aide spécifique au Maghreb. Un dossier bien ficelé, reprenant tous les aspects et volets de ce projet a été proposé à la commission européenne. Il porte, notamment, sur une demande de financement à hauteur de 500 000 euros, ce qui représente en gros 100% de l’étude. Une fois l’accord obtenu, ce qui n’est qu’une question de temps, à en croire la délégation d’Alès composée de M. Philippe Weber, directeur des relations internationales et M. Hossein Ahmedzadeh, chargé des mobilités étudiantes, il s’agira de porter à la connaissance des étudiants cette filière de formation et de constituer un jury pour sélectionner les projets les plus pertinents. Pour la partie locale, cette proposition a dès le départ été accueilli avec beaucoup d’intérêt. C’est en partant de l’idée que le système de formation en vigueur a montré ses limites et qu’il n’est plus question de continuer dans un système où l’échec est mis en évidence, où l’espace consacré à la création et à l’innovation est réduit à sa plus simple expression et où l’entreprenariat, le management sont absents, que l’université de Bgayet a adhéré à ce projet. M. Djoudi Merabet, recteur, n’est pas allé avec le dos de la cuillère quand il évoque l’université algérienne. Il parle « d’un système basé sur la culture de l’assistanat et de la soumission. D’où une déperdition importante et une orientation par l’échec. Béjaïa, consciente de toutes ces difficultés est allée, malgré des réticences importantes, vers le LMD proposant des licences et mastères professionnels. Il s’agit, avec notre nouvelle orientation, de former des ingénieurs-entrepreneurs. Puis d’annoncer que des entreprises locales comme Cevital et l’EPB soutiennent ce projet. Signalons enfin qu’il est envisagé, à court terme, la signature d’un accord cadre de coopération entre l’université de Bgayet et l’Ecole des Mines d’Alès. Les accords partiels portant sur l’accueil et la prise en charge d’enseignants et d’étudiants semblent dépassés aujourd’hui avec le bond qualitatif vers lequel tend la coopération.

Mustapha R.

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