Chaque coin et chaque recoin de notre sol recèle des histoires qui magnifient tant par leur originalité que par la révélation d’une culture ou d’un caractère séculaire qui veut que nous soyons un peuple qui recherche constamment la liberté. J. J. Rousseau disait : “Tant qu’un peuple est contraint d’obéir et qu’il obéit, il fait bien. Aussitôt qu’il peut secouer le joug et qu’il le secoue, il fait mieux”. Nous dirons qu’il y a des volontés tellement déterminées que le joug qu’elles secouent se fragmente ! L’exemple du chahid Makhlouf Brahim est édifiant à plus d’un titre. En effet, ce valeureux fils de la vallée de la Soummam, né à Aït R’zine en 1934, mobilisé par l’armée française en tant qu’appelé et l’a déserté lors d’une permission qui lui a été accordée pour assister à l’enterrement d’un proche dans la ville de Béjaïa. De retour de cette ville, le barrage militaire installé à Allaghen lui a refusé de rendre visite aux siens comme il lui a ordonné de rejoindre son poste à Maghnia. Arrivé à Alger, il passe la nuit chez des parents et c’est pendant cette nuit qu’il ôte définitivement sa tenue de militaire français et qu’il rejoint les maquisards non sans passer voir sa famille à Guendouze. Devant ce fait accompli, l’armée française a remué ciel et terre pour le retrouver comme elle a interrogé tous les membres de sa famille et a perquisitionné partout. Dans une photo prise lors du congrès de la Soummam, on le retrouve avec sa moustache juste à droite du colonel Amirouche où il a certainement été parmi les Djounouds (soldats) qui ont veillé sur les congressistes. Il a été tué les armes à la main au cours d’un accrochage à Rebiaa dans la localité de El M’hir. Une compagnie de maquisards a été repérée par l’armée française qui a procédé au pilonnage et au ratissage du lieu.
Les maquisards, face aux énormes forces mobilisées en la circonstance par l’ennemi, se sont scindés en deux groupes : l’un d’entre eux a pu effectuer un retrait et l’autre a été accroché par l’armée. Makhlouf Brahim y a trouvé la mort. L’année dernière, l’entreprise qui réalise le tronçon de l’autoroute Est-Ouest a déterré des ossements humains. Les autorités ont arrêté les travaux et une enquête a été diligentée pour identifier les ossements découverts. Un citoyen d’El M’hir se présente à la brigade de gendarmerie : il a affirmé aux autorités qu’il a assisté lui-même à l’enterrement des corps de Madani Khaladi et Brahim Makhlouf et qu’il les connaissait personnellement ! Aussi, d’après Madame Rezkia Abdoune, sœur de Brahim : “Une délégation de responsable et de la gendarmerie s’est rendue à Rebia où elle a récupéré les ossements”. Le 5 juillet dernier, les deux familles ont inhumé les dépouilles de leurs fils. La cérémonie a eu lieu au chef-lieu de la commune de Aït R’zine. Madame Abdoune nous a livré ce témoignage : “La nouvelle de la découverte de la tombe de mon frère m’a émue. La présence de l’ONM, d’un grand nombre de citoyens et du corps de la gendarmerie qui a présenté les armes à leur mémoire lors de l’inhumation m’a comblé.
L’absence des autorités locales, daïra et APC m’a causé une grande affliction”. Elle rajoute : “Je suis fille, aussi fille de chahid, je n’ai jamais bénéficié d’aucun bien immobilier à ce jour bien que de grandes parcelles des terres de mes parents sont expropriées sans aucune contrepartie… Aujourd’hui, j’ai peur de mourir et de laisser mes filles sans toit”.
Les présents à cette cérémonie ont approuvé à l’unanimité la proposition de M. Rahmani Mokrane, ancien maire, de baptiser le CEM de Guendouz, bâti sur les terres de défunt, de son nom de ce chahid.
B. Sadi
