L’animation perd toutefois de son intensité à mesure que la journée avance. Tizi coule en effet des après-midi souvent calmes, en tous cas moins animés que les matinées. C’est que les Tizi Ouzéens préfèrent profiter de la fraîcheur matinale pour effectuer leurs petites affaires, et ce pour éviter la chaleur des après- midi. A vrai dire, à Tizi il fait beaucoup plus humide que chaud. En effet, la température n’a que rarement atteint des seuils extrêmes cette année à Tizi Ouzou où le thermomètre alterne le chaud et le franchement frais. Quoi qu’il en soit, Tizi semble ne se soucier guère du climat du jour pour ainsi passer des journées pour le moins de la même couleur. En somme, pour ainsi dire, Tizi coule des journées qui passent et se ressemblent. Hier, le climat était plus clément encore. Aux environs de 10 h, les différentes principales artères de la ville que nous avons visité pour tâter l’atmosphère, étaient pleines à craquer à tel point qu’il était bien difficile de se frayer un chemin. D’immenses foules se sont constituées sur les abords des ruelles, sur les trottoirs. Les magasins étaient aussi pris d’assaut, ce sont surtout les magasins d’habillement qui étaient, avons-nous remarqué, les plus achalandés. Tout cela s’explique, car c’est la saison où l’on demande à être plus chic dans sa tenue à l’occasion des fêtes des mariages et autres. » Cela a été toujours comme ça durant cet été, les gens viennent pour s’acheter de nouveaux habits pour les besoins que vous connaissez… « , nous dira en substance un de ces magasiniers. Les fêtes, c’est ce qui animent particulièrement le quotidien de la wilaya mais aussi de la ville de Tizi Ouzou où les passages des nombreux cortéges ne se font pas discrets. Il faut avouer que durant la journée d’hier, ceux-ci se sont fait moins nombreux que d’habitude. Ils étaient un ou deux à traverser la grande rue, ce qui est insignifiant par rapport aux autres jours où les klaxons des voitures composant ces cortéges se font incessants.
Des klaxons qui se mêlent aux décibels des musiques émanant des disquaires de la ville pour créer ainsi des ambiances festives, et ce chaque jour de la semaine. En fait, depuis quelques années, ces fêtes de mariage ne se font pas seulement durant les week end en kabylie. Tous les jours, on peut être appelés à assister à une de ces cérémonies qui ont aussi tendance à être organisées au niveau des salles des fêtes. En somme, plein de choses ont changé depuis quelques années dans ce registre, notamment.
La fête au quotidien
» Il faut bien s’adapter avec les circonstances actuelles « , nous fait remarquer un citoyen d’un certain age. Pour plus d’un, ces changements qui vont, pour ainsi dire, à l’encontre des traditions ancestrales de la région s’imposaient à partir du moment que l’organisation de ces fêtes de l’ancienne manière est devenue quasi impossible à cause de la cherté de la vie. A titre d’exemple, on ne peut plus se permettre de sacrifier un bœuf à l’occasion de ces cérémonies. En somme, les familles kabyles tentent de limiter au maximum les dépenses car la fête de dure que deux ou trois jours alors que la cherté de la vie semble interminable. D’ailleurs, de nombreuses familles n’hésitent pas à aller faire leurs achats pour une telle ou telle occasion à la friperie, sinon chez les trabendistes de la ville qui se sont installé avec leurs marchandises sur les différents trottoirs. Quoi que l’on dise sur l’irrégularité de ce commerce dit informel pratiqué ça et là à travers la ville de Tizi Ouzou, comme d’ailleurs dans les différents centres urbains de la wilaya, celui-ci constitue franchement une alternative pour de nombreuses familles. C’est ce qu’on a pu déduire, hier, encore. Les marchands de l’informel étaient envahis par des citoyens de différents âges. Il faut dire que les prix pratiqués par ces derniers sont plus abordables que les autres. » Sincèrement, moi je ne peux pas me permettre d’aller faire mes emplettes dans un magasin chic… « , ironisa une mère de famille tenant deux jeunes garçons à la main et en train de choisir des vêtements sur un étal installé sur un trottoir. Pour cette dernière et ses semblables, ce qu’elle a qualifié de » magasins chics » sont réservés plus particulièrement aux émigrés, durant cette période de l’année. Pourtant ces émigrés ne sont pas venus en grandes masses cette année à Tizi. En tous cas au niveau de la ville on ne les rencontre pas à tout bout de rue. Peut être qu’ils préfèrent les plages que de contempler l’état peu reluisant dans lequel se trouve la ville des Genêts ? Hier, Tizi aura vécu une journée comme toutes les précédentes. Après une matinée des plus agitées, elle a marqué un moment de » sieste » dans l’après-midi où les ruelles étaient presque désertes. Celles-ci renoueront avec l’ambiance festive dès aujourd’hui. Ainsi sont faites les journées de Tizi en cet été.
M. O. B.
