C’est le statu quo

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Depuis maintenant soixante-douze heures, aucun véhicule n’a été autorisé à emprunter la RN25, au niveau de la cité de Maâmar à sept kilomètre au nord de la ville de Draâ El Mizan. Les barricades ont été renforcées dans la journée d’hier. Contrairement au premier jour, l’action est mieux organisée. “Nous avons désigné de équipes de jeunes qui assurent à tour de rôle le gardiennage des lieux. Même la nuit, il y a des jeunes qui sont sur place. Maintenant, nous avons compris que les autorités ne font rien pour leur population”, nous a annoncé en premier lieu un membre du comité de village. Et de s’interroger : “ Qui va se soucier de nous? Une route nationale coupée à la circulation depuis trois jours, et aucune réaction. En tout cas, s’il y a quelque part des responsables qui voudraient nous mener à l’épuisement, nous leur réitérons encore une autre fois notre ferme volonté d’aller jusqu’au bout.” En nous rapprochant de ces jeunes, nous avons tout de même pu apprendre qu’après une réunion qui tiendra en fin d’après -midi ( journée d’hier), d’autres actions seront prises. Officiellement, aucune action n’a été divulguée, mais déjà on parle d’aller fermer la route menant à Boghni.

“Tant que la RN 30 est ouverte, les responsables dormiront sur leurs deux oreilles. Il faut passer à la vitesse supérieure”, nous a signifié un jeune désemparé par ce mépris. Pour les sages, il faut bien étudier toutes les propositions. Le bocage de cet important axe routier pénalise les autres citoyens. “ C’est leur droit de couper la route, mais pourquoi ne répond-on pas à leurs revendications? Ils ne demandent pas la lune, non?”, s’interroge un citoyen de Tafoughalt qui nous a appris qu’il paie cent dinars par jour en passant par Tizi-Ghennif pour se rendre à Draâ El Mizan au lieu des cinquante dinars habituellement. Durant la journée d’hier, aucune autorité n’est venue apporter du nouveau pour ces contestataires fermement décidés à ne pas lâcher prise, nous a dit le porte-parole des citoyens. “Nous avons vu seulement les services techniques des travaux publics calculer la distance de la route, comme s’ils ne la connaissaient pas. Nous ne savons encore rien sur ce qui va être décidé. Nous voulons du concret. Il faut un ordre de service pour une entreprise sinon ce n’est que de la poudre aux yeux”, a conclu notre interlocuteur. Les protestataires nous harcèlent en nous disant d’écrire qu’il ne s’agit pas seulement de la seule revendication. “Et les autres revendications?”, s’est interrogé un autre. Apparemment, ce citoyen veut rappeler à qui veut l’entendre que lui et sa famille vivent encore, quarante-six ans après l’Indépendance dans une habitation qui, un jour, leur tombera sur la tête. “Je vous invite en tant que journaliste à faire un tour dans toute la cité. C’est la misère la plus totale. Dites à Bouteflika que des citoyens vivent encore comme des taupes” a voulu nous dire d’une voix presuqe inaudible le citoyen évoqué ci-dessus. Un autre habitant de la même cité frotte du doigts le crépissage de sa maisonnette pour nous montrer l’état délabré des murs décrépis au fil des années. Les habitants demandent un programme d’urgence pour la restructuration de la cité. “Si nos responsables ont de la volonté, il peuvent créer une petite ville aux lieu et place de ces habitations. Nous sommes prêts à habiter dans des chalets jusqu’à concrétisation du projet. Souffrir une année et peut-être deux ans et sortir finalement des ténèbres”, propose un contestataire. Ce dernier n’a pas tort de raisonner ainsi, parce qu’étant située sur une importante route nationale, il est même possible de créer des locaux commerciaux au jeunes. Et par ricochet, provoquer une activité commerciale réelle et certaine. Avant de regagner notre bureau, les contestataires ont tenu à saluer notre professionnalisme`dans le traitement de l’information de proximité. “Nous vous remercions pour tout ce que vous faites pour que l’information soit lue non seulement par les autorités locales, mais aussi par le président de la République qui lira ce qu’endurent les citoyens”, a insisté l’un d’eux.

Amar Ouramdane

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