« C’est l’apogée »

La Dépêche de Kabylie : Vous attendiez-vous à un tel parcours ?

Saâdi Haddad : Soraya a débuté le judo en 1996, à l’âge de 12 ans. A l’époque, on avait une grande chance d’avoir à El Kseur, une école comme celle de maître Ouaret. Elle aimait énormément le judo et nous en tant que parents, on l’avait encouragé. D’année en année, je me disais qu’elle pouvait faire quelque chose surtout qu’elle était en progression constante depuis sa première sélection en équipe nationale.

Quelle place occupent les études chez Soraya ?

Elle a le niveau de terminale et n’a pu passer son bac à cause des championnats du monde. Elle a fait son choix, cette épreuve se déroulant au même moment que les examens scolaires, ce qui l’a poussé à faire un choix et je crois que c’est le bon.

Qu’est-ce qui a motivé le plus votre fille, surtout quand on sait qu’à El Kseur, les moyens font défaut ?

La seule motivation pour elle est son éducation, elle a débutée cette discipline sur des bases solides grâce à maître Ouaret, à l’école el kseuroise de Mohamed Bouheddou (l’AJSEK), jusqu’à l’équipe nationale où elle a persévéré.

Mais vous aviez douté à une certaine époque, surtout après le Mondial d’Egypte ?

Oui, elle était un peu découragée après une 3e place mondiale, 1ère aux Jeux méditerranéens et championne d’Afrique. Un peu déçue aussi car les autorités locales, à leur tête l’ancien wali ne l’ont pas remerciée à la dimension de ses performances, ajoutez à cela le manque de sponsors. Vraiment elle était très démoralisée. Heureusement qu’elle a reçue plusieurs soutiens, au bon moment, émanant du ministre de la Jeunesse et des Sports de l’époque, de la Fédération algérienne du judo ainsi que du président du Comité olympique (COA).

Mais ces soutiens ne sont venus qu’après une lettre ouverte au ministre ?

Effectivement, elle avait écrit une lettre au ministre pour le sensibiliser sur sa bonne volonté, chose qui lui a value la même prise en charge que pour les judokas du MCA et d’être sponsorisée par Sonatrach.

Mais je dois remercier Mohamed Bouhedou et toute la famille qui étaient à ses côtés dans les moments les plus difficiles

Avant le début des jeux de quelques jours, vous discutiez avec elle sur quoi ?

On discutait de tout sauf des Jeux pour la soulager même si je n’avais pas ressenti, à aucun moment, un quelconque stress chez elle, elle disait qu’elle avait une grande charge sur ses épaules et nous demandait, à moi et à sa mère, de prier pour elle.

Franchement Dda Saadi, vous attendiez-vous à une médaille olympique ?

Je m’attendais à ce qu’elle fasse mieux qu’à Athènes, car elle en voulait énormément, elle était plus confiante que nous malgré l’importance de ce tournoi et son degré de difficulté, maître Ouaret, technicien chevronné peut le confirmer.

Quel est le combat que vous avez le plus redouté ?

Je n’ai vu que les 4 derniers, ayant raté le premier. J’ai eu très peur au 3e match, contre la Coréenne, car cette dernière l’avait déjà battue et elle était capable de rééditer le coup. Même anxiété pendant la demi-finale contre la Chinoise où on espérait une autre tournure que celle-ci.

Comment avez-vous vécu le match de classement à la maison ?

C’était l’apogée, toute la famille était réuni, devant l’écran de télévision et nous vivions en direct avec elle ses moments de grande émotion, elle pleurait de joie en même temps que nous, pour toute cette joie qu’elle a procurée aux Algériens.

Vous avez sûrement un message à transmettre à Soraya ?

Ton papa est très fier de toi après cette médaille et de toutes les personnes qui l’ont entourée, car comme dit l’adage, derrière chaque athlète se trouve un bon manager. Je veux remercier tous les coachs qui l’ont encadrée de très près depuis ses débuts, à leur tête maître Ouaret, Mohamed Bouhedou et actuellement Ferhat Chaalal

Après le sacre, vous avez sûrement discuté ?

Je l’ai eu sur Internet quelques heures après le sacre, elle a éclaté de joie se sentait la plus heureuse sur terre et elle voulait offrir cette médaille à l’Algérie entière.

Votre dernier mot Dda Saadi ?

Remercier toutes les personnes qui sont derrière cet exploit en espérant que, cette fois-ci, nos responsables considéreront Soraya à sa juste valeur.

Entretien réalisé par Zahir Hamour