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Désarroi, inquiétude et «malvie» : à quand le bout du tunnel ?

Comme ce père de famille, ils sont nombreux à vivre dans des conditions qui frisent la misère. Effectivement après avoir fait un tour dans cette cité, il nous a été donné de voir des habitations entièrement délabrées notamment après le séisme de 2003. Murs lézardés et décrépis, toitures au bord de l’affaissement, eaux usées partout… Notons, au passage, que la population de cette cité a revendiqué dernièrement l’éradication de cette cité en coupant la RN 25 à la circulation durant trois journées entières. En vain. Après avoir discuté avec ces citoyens, une requête collective, car à Draâ El Mizan il existe pas moins de quatre cités de ce genre (cité de l’Indépendance, cité de Boufhaima, cité de Tazrout), adressée au wali de Tizi Ouzou pour la troisième fois et bien sûr aux autorités locales de Draâ El Mizan ainsi qu’au président de l’APW de Tizi Ouzou, une copie nous a été remise. “Nous venons par la présente vous exprimer notre désarroi et la misère que nous ne cessons de vivre depuis l’ère coloniale et ce, pour n’avoir trouvé aucune solution à notre situation confuse jusqu’à la venue du plan national du RHP initié par son excellence M. le président de la République qui est tout notre espoir, mais l’exécution tarde à venir”, lit-on en premier lieu dans cette correspondance. Dans cette dernière, les rédacteurs disent que cinq cents ménages ont été recensés et approuvés en 2003 par les autorités locales et que ce chiffre est confirmé par la CNL (Caisse nationale au logement). Les terrains ont été choisis. “Nous nous sommes rapprochés de l’APC pour connaître la suite donnée à ce dossier, mais malheureusement on nous a informé que la commune s’est vue attribuer un quota de cent logements dans un cadre mixte (RHP et social locatif). Nous trouvons que ce chiffre est en deçà de la réalité et en contradiction avec le recensement que cette même administration a fait”, écrivent-ils. Les rédacteurs du document relèvent qu’il y a une confusion dans le traitement de leur problème si bien qu’ils demandent de ne pas associer le social et la précarité afin de ne pas encombrer et ainsi compliquer le droit d’attribution et ne rester que dans l’éradication des cités coloniales.

Les hautes autorités du pays interpellées

“Pourquoi avoir transformé le projet des 500 logements RHP (2003) en cent logements sociaux (2008) ?”, s’interrogent-ils dans cet écrit daté du neuf juin dernier. Les concernés aimeraient aussi comprendre les raisons du retard accusé dans l’exécution de ce projet dans leur commune en comparaison avec d’autres wilayas, quoique leur municipalité recèle des sites fonciers importants (communaux, domaniaux et forestiers) afin d’éradiquer toutes ces constructions coloniales précaires. Pour concrétiser cette option, ils proposent des solutions. Ainsi, par exemple, un lotissement de deux cent quatre-vingt cinq lots pour accueillir les cités coloniales du chef-lieu de la commune. Cette décision pourra inclure les citoyens de la cité Zucconi menacés d’expulsion par les personnes auxquelles ont été attribués les lots en 1991 par l’APC. Nous pouvons rappeler, dans cet ordre d’idées, les correspondances envoyées même au président de la République au Chef du gouvernement dans lesquelles ces citoyens avaient demandé leur intervention pour arrêter cette injustice dont ils sont victimes. “Nous habitants, de la cité de l’Indépendance de Draâ El Mizan, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, avons l’honneur, à travers cette lettre ouverte, d’attirer l’attention des plus hautes autorités de l’Etat, notamment le président de la République, le Chef du gouvernement ainsi que le wali sur la situation intolérable dans laquelle nous nous débattons et l’injustice dont nous sommes victimes en raison de la menace d’expulsion de nos demeures qui plane sur nous depuis que le président de notre APC a procédé, en 1991, à la vente à des tiers du foncier sur lequel sont bâties nos maisons que nous occupons depuis plus de quarante-cinq ans. Cela sans nous offrir, en contrepartie des logements de substitution où tout autre abri, même provisoire pour notre recasement”, tel est le cri d’alarme lancé par ces damnés de la terre. Et, il est vrai que leur situation actuelle frise déjà la misère. Certains d’entre eux vivent dans des conditions très précaires, une famille de six personnes vit dans une seule pièce où les commodités nécessaires à une vie décente sont totalement absentes. Ce collectif des cités coloniales prône comme deuxième solution un lotissement pour les résidants de la cité de Boufhaima

Vers une prise en charge individuelle des travaux

“Deux terrains forestiers favorables à la construction pour les sites de Tazrout et de Maâmar en plus des moyens de restructurations sur place”, soulignent-ils par ailleurs avant de s’engager à participer avec un apport financier raisonnable de la part des bénéficiaires comme cela avait été conclu avec les autorités locales en 2006. Le collectif, représentant ces habitants, avance même une troisième voie. “Si l’Etat ne veut pas se charger de la réalisation de ce programme, nous bénéficiaires et premiers concernés, vous proposons une autre solution qui consiste à nous faire délivrer les actes de propriété, les permis de construire ainsi que l’attribution de l’aide financière à laquelle nous avons droit puisque tous les sites choisis se trouvent dans des zones rurales. Ainsi, nous prendrons en charge individuellement les travaux de construction de nos logements sous le suivi des services de contrôle de la commune”, avancent les rédacteurs du même document. Sereins et confiants de la légitimité de leur revendication, ils demandent au wali de diligenter une commission de wilaya afin de constater la réalité sur le terrain et d’avoir une vision claire sur ce problème et pouvoir prendre une décision équitable et définitive afin de mettre un terme à la confusion et à l’équivoque en préconisant des solutions justes pour éviter un éventuel dérapage qui pourrait suivre en laissant aller la situation vers le pourrissement. En tout cas, ces représentants disent être disponibles à participer à la recherche de la meilleure solution pour parer aux éventuels problèmes qui bloqueraient ce projet. En définitive, on peut ajouter que ces cités coloniales sont une épine dans le pied des autorités locales quant on sait que ce dossier a fait déjà couler beaucoup d’encre.

Amar Ouramdane

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