«Les techniciens ne sont jamais associés aux décisions prises»

La Dépêche de Kabylie : Quel est le bilan de votre équipe ?

Kamel Imloul : Je peux dire que le bilan est positif, malgré un parcours difficile notamment avec un effectif restreint mais au fil des jours, on a formé un groupe qui a pu relever le défi et gagner la Coupe d’Algérie.

Malheureusement au championnat, on a eu beaucoup de blessés et on s’est classé 3e car on n’a pas pu jouer le championnat avec tous nos moyens et capacités. On a essayé de défendre notre statut de détenteur de la Coupe d’Algérie mais avec le travail et l’effectif qui est à notre disposition, je pense que c’est un bonne performance à condition de ne pas se contenter de ce titre qui nous ouvre les portes à une participation continentale, une compétition (coupe d’Afrique) où on va représenter non seulement Béjaïa mais le volley-ball algérien probablement en Afrique du Sud au mois de décembre prochain.

Votre club dispose-t-il de moyens pour conquérir l’Afrique ?

Dans notre esprit, notre objectif est de donner au MBB le cachet d’un grand club, surtout après 5 années passées en Nationale une. Pour ce qui est des moyens nécessaire pour atteindre cet objectif et avec notre expérience et ce en toute modestie, il y a des gens qui nous aident. Moi je voudrais parler en tant qu’entraîneur et technicien ayant côtoyé beaucoup d’équipes et sachant comment ils s’entraînent à l’image de la Tunisie et de l’Égypte. Le premier constat que je fait est que l’infrastructure ne répond pas aux normes d’un club de l’élite, je parle de l’infrastructure sportive et des moyens de préparation tels la salle de récupération et le sauna, je pense que nos moyens ne répondent pas au statut de l’équipe, même si au rythme avec lequel on travaille, on est professionnel. Ce n’est pas l’affaire d’une ville ou d’une commune mais une affaire de politique, c’est une affaire d’Etat.

Peut-on connaître votre planning de préparation pour la saison prochaine ?

Béjaïa, comme pôle très important en volley-ball souffre énormément dans le domaine des infrastructure. On a lancé un appel aux autorités locales (le wali et le maire) : Béjaïa doit avoir une grande salle qui réponde aux normes de compétitions internationales, avec des règles de construction qui lui éviteront les problèmes d’homologation, on attend toujours. Concernant la préparation, on a repris le 20 août dernier avec une première prise de contact avec les joueurs, en principe notre préparation débutera à partir du 25 avec un stage ouvert jusqu’à la veille du ramadhan pour être à la hauteur car nous allons jouer sur plusieurs fronts : coupe d’Afrique, championnat national, coupe d’Algérie et éventuellement le championnat arabe.

Quelle est votre analyse sur la participation algérienne aux Jeux Olympiques ?

Pour le volley-ball, je pense que depuis la création de la Fédération, c’est la première fois dans l’histoire du volley national et même dans l’histoire du sport collectif qu’une équipe s’est qualifiée aux JO. Le fait d’éliminer les Kenyanes, les Camerounaises et les Tunisiennes est déjà une performance. L’équipe nationale, malgré un plan de charge de compétitions assez intéressant, n’a pas présenté le visage attendu à cause du facteur psychologique et le manque d’expérience. Nos jeunes volleyeuses étaient impressionnées par des équipes comme le Brésil champion du monde, l’Italie, la Serbie, les USA, ce sont les meilleures équipes du monde, elles jouent en Ligue mondiale alors que nous, on n’arrive pas encore à placer nos équipes seniors filles et garçons dans la Ligue mondiale, maintenant l’Algérie du volley-ball est hors circuit, même pour s’imposer en Afrique. Pour les filles je crois que c’est fait et j’espère que cela va continuer et que les responsables vont réfléchir pour l’avenir. Pour les garçons, on est très loin des Egyptiens et des Tunisiens, qui eux évoluent en Ligue mondiale, donc on doit réfléchir et trouver les moyens pour placer nos équipes sur l’échiquier du volley-ball mondial Pour les autres sports, la participation en natation et en athlétisme surtout avec les nouveaux records du monde et le niveau tres élevé, je crois que le fait que nos Algériens soient présents et arrivent en finale est déjà un très bon résultat. Avec le nouveau cycle olympique, les responsables concernés vont réfléchir sur la politique et les moyens à mettre. je saisis cette occasion pour dire qu’aujourd’hui l’Algérie est présente parmi 158 pays et il y va de l’honneur de notre pays, les seuls médailles récoltées sont en judo, je salue et je félicite Amar Benikhlef et Soraya Haddad surtout en tant qu’athlète féminine car cela n’est pas facile. Dans la réalité, le judo ne bénéficie pas des mêmes moyens que le football alors que ce dernier est dans une situation qui laisse à désirer et c’est sans commentaire. Certes il existe une hiérarchie sociale des sports et on l’accepte, même nous nous aimons le foot mais quand il s’agit de la performance, il faut donner les moyens de la performance et aux personnes qui font de la performance

Vous avez entraîné par le passé, l’équipe nationale seniors garçons, peut-on connaître les difficultés que rencontre un coach dans sa fonction ?

C’est une politique de stratégie et de moyens humains, le premier problème qui apparaît au début, c’est l’instabilité des entraîneurs dans leur exercice et l’instabilité dans le choix des joueurs. Il y a aussi les moyens de préparation, aujourd’hui se préparer en Algérie ne suffit pas, en tant qu’ancien coach national, il faut se confronter aux autres nations et pour se confronter, il est difficile, car toutes les fédérations nationales comme l’Égypte et la Tunisie et l’Afrique du Sud, qui sont de notre continent, ont déjà des plannings de préparations tracés. On ne doit plus laisser de place aux histoires de programmation de dernière minute. Si vous demandez de jouer un match amical ou un stage avec l’Égypte, qui est un pays ami et frère, on ne peut concrétiser ce projet car le calendrier des Egyptiens est prêt et chargé. Pas de place pour l’improvisation car il faut faire des plannings de préparations qu’il faut respecter. Parfois les Algériens s’inscrivent dans un tournoi qu’ils n’honorent pas car il n’y a pas de rigueur dans le travail ni de stratégie ni de discipline, c’est un tout. Bien sûr. Il faut revenir à la formation et au système de compétition, aujourd’hui je pense, et c’est un avis personnel, que les techniciens, les véritables acteurs sur le terrain ne sont pas associés aux décisions concernant les systèmes de compétition, il ne faut pas être derrière un bureau pour programmer sur le dos des autres, ce sont les gens du terrain qui subissent. Jouer un match la veille de l’Aïd ou jouer 2 matchs la même semaine pour s’arrêter deux mois de suite, je crois qu’il faut un peu de logique et de lucidité pour avancer et faire associer les entraîneurs qui animent le championnat national,

On vous laisse le soin de conclure….

On vise loin avec le MBB, on veut faire des résultats et instaurer une culture au niveau du club, même pour les autres s’ils veulent nous suivrent dans cette culture de la performance. Malgré le système dans lequel on évolue et le contexte socio-sportif qui est très difficile, on tâchera d’instaurer la culture de la valeur du travail, de la discipline et de la rigueur, on vise l’Afrique et pourquoi pas avec le nouveau projet de la Fédération internationale de volley-ball, que Bougie va participer à un championnat du monde des clubs, cela ne va pas se faire comme ça, il faut avoir une autre dynamique, les industriels de la wilaya doivent s’impliquee dans le domaine de sponsoring pour tous les sports surtout les sports de performance et les sports d’élites comme le volley, la boxe et le football. Il y a des gens qui font du travail et qui ont des projets, ensemble on peut faire beaucoup de choses pour notre ville.

Propos recueillis par Zahir Hamour