Le roman français adopte le style  »Jungle »

Après le nombrilisme des dernières années, les auteurs français jouent « tigres et lions ». L’exploration après l’introspection. Des livres qui ouvrent portes et fenêtres et font souffler le grand vent. Première gâchette, Olivier Rolin fait carton plein avec Un chasseur de lions (Seuil), en lice pour le Goncourt, le Renaudot et le Médicis. Rolin a débusqué l’amorce de son livre, un tableau d’Edouard Manet, dans un musée de Sao Paulo. Pourquoi l’élégant Manet a-t-il peint un gros balourd, Tartarin dérisoire saisi l’arme au pied devant la dépouille d’un lion ?

En racontant les aventures du dénommé Pertuiset, explorateur grotesque et trafiquant d’armes, Olivier Rolin embrasse la seconde moitié du XIXè siècle, de la guerre de 1870 à l’exploration des terres australes. Ici, on chasse le lion, on guette le nandou et le guanaco. Là, on mange pendant le siège de Paris les animaux du Jardin des plantes. D’une plume vigoureuse, truculente – car « il n’est pas mauvais, de temps en temps, de sortir un peu les vieux mots » -, Rolin émaille le bouillonnement du monde de souvenirs de sa propre vie de bourlingueur. Bourlinguer, c’est le maître-mot de Michel Le Bris, en piste pour le Goncourt, le Renaudot et le Femina, avec La beauté du monde (Grasset), dont la jaquette est illustrée d’une photo d’un malheureux lion tiré comme à la foire par un couple de jeunes Américains dans les années 1920. Dans cet épais roman, Le Bris fait revivre Martin et Osa Johnson, pionniers du cinéma animalier, surnommés « les amants de l’aventure ». Martin, compagnon de l’écrivain Jack London, enlève Osa, une beauté de 16 ans qui servira de modèle à l’héroïne du film King Kong. La saga des Johnson les conduit de New York, où les jazzmen inventent le « Jungle style », au Kenya, alors terrain de jeu des anglo-saxons en mal d’émotion. Un roman touffu dans lequel le créateur du festival Etonnants voyageurs brasse ses passions pour les nouvelles frontières et les paysages dignes du film Out of Africa. Moins connu que les précédents, Jean-Marie Blas de Roblès s’impose avec un roman d’aventures et de philosophie, Là où les tigres sont chez eux (Zulma), en course pour le Goncourt et le Médicis, et déjà lauréat du Prix du roman Fnac 2008. Eléazard von Wogau, correspondant de presse dans le nordeste brésilien, plonge dans l’univers d’Athanase Kircher, un jésuite du XVIIè siècle passionné d’orientalisme et de mathématiques.

L’action du roman, une somme de plus de 800 pages, évolue de l’Europe du Kircher aux favelas d’aujourd’hui. Le titre est inspiré d’une phrase de Goethe : « Ce n’est pas impunément qu’on erre sous les palmiers, et les idées changent nécessairement dans un pays où les éléphants et les tigres sont chez eux ».

Rolin, Le Bris et Blas de Roblès ont retenu la leçon et renouvellent la rentrée littéraire.