Après des vacances passées au bled, plus précisément à Ghomrassa, dans le sud de la Tunisie, les trois frères tunisiens de Draâ El Mizan ont rejoint peu avant le début de Ramadhan leur petite échoppe pour se consacrer à la préparation de leur principale activité pendant ce mois est qui n’est autre que la vente de leur « Zlabia ».
« Nous avons toujours vécu à Draâ El Mizan où nôtre père s’était installé en 1952. Nous avons repris l’affaire en main à sa retraite comme il l’avait souhaité. Nous faisons tout notre possible pour l’honorer et jusqu’à maintenant, Dieu merci, nous nous sommes montrés à la hauteur malgré les multiples difficultés. Mais l’essentiel est que nous ayons toujours notre fidèle clientèle alors que la concurrence n’arrive pas à nous égaler, d’autant plus que le savoir-faire et l’expérience ne s’apprennent pas par occasion », nous déclare l’aîné des trois frères, lequel ajoute que pour ce mois de Ramadhan, il a ramené avec lui, Hocine, un jeune spécialiste pour le remplacer aux fourneaux. Pour le frère cadet, les succès de cette famille à Draâ El Mizan vient d’abord du fait qu’elle a parfaitement intégré le milieu avec comme avantage d’être berbère. « Nous sommes originaires de Ghomrassa, dans le sud tunisien qui garde jusqu’à maintenant et malgré tout ses traditions berbères. Par ailleurs, certains des ancêtres étaient venus en Kabylie pour s’installer du côté de Bordj-Ménaïel dont le village s’appelle toujours Ighomrassène », nous confie notre interlocuteur. Néanmoins, revenant sur le prix pratiqué de la zlabia qui est passé à 180 dinars le kilogramme, le frère aîné récitera tout le chapelet de la liste des ingrédients qui aurait subi une hausse vertigineuse au cours de cette dernière année. « La vente de la zlabia n’est plus ce qu’elle était. Nous n’arrivons pas à nous en sortir alors que personnellement je n’arrive pas, avec l’âge à me mettre aux fourneaux pendant plus de quinze heures par jour pour satisfaire la demande des clients », se plaint notre interlocuteur. Mais il est clair que la non rentabilité est surtout liée à la parité du change du dinar, soit rapport de l’euro au dinar tunisien car il est bien obligé de passer par le marché parallèle. Malgré toutes les difficultés rencontrées par ces commerçants, il reste que l’échoppe des Tunisiens qui a pignon sur rue ne désemplit pas du début de la matinée jusque tard dans la nuit alors que les cinq ou six fourneaux sont allumés sans discontinuité. « Je viens de Tafoughalt, pendant le mois de ramadhan je n’achète que la zlabia du Tunisien. Même étant enfant, mon père nous ramenait cette zlabia, de cette échoppe », nous déclare Amar qui ajoute que cette zlabia peut se conserver quelques jours alors que chez les autres marchands occasionnels, leurs zlabia est immangeable le lendemain. Pour Arezki du village de Sanana qui doit patienter au moins une demi-heure dans la chaîne, il n’y a pas de vrai ramadhan sans la zlabia du Tunisien dans la bouche accompagnée d’un thé.
Essaïd N’Aït Kaci
