Les avisés et les simplets (Ouh’d’iqen d’ibahloulen)

(4e partie)

Réveillée en sursaut l’ogresse… lance un grognement et frappe ses cuisses de dépit. Elle s’est faite avoir comme un bébé. Pour que la sotte ne se sauve pas, elle la prend par les pieds à l’effet de lui cogner sa tête contre le mur. Sentant sa mort arrivée, elle supplie Teriel de l’écouter : – Je porte en moi un enfant, ne le dévore pas, nourris-le avec la moelle de mes os !Teriel accède à sa requête, lui fend la tête, et se met sans tarder à poursuivre l’avisée. Comme elle avait de grandes jambes, cent fois plus grandes que celle de l’avisée, elle court après elle. Cette dernière trouve devant elle une rivière en crue. Pour la traverser sans faire emporter elle lui dit :Ay essif n tamemte n b-oud’iTskhilek djanagh anâddi !(Rivière de miel et de beurre Je t’en prie, laisse-moi passer !)Dis avec des mots gentils, la rivière arrête son débit et la laisse passer. Dès qu’elle se trouve de l’autre côté, Teriel arrive à proximité, la rivière se remet en crue. Elle tente de la traverser, mais les flots sont les plus forts. Voyant que l’avisée qui était sur l’autre berge allait lui échapper, elle l’interpelle et lui dit :- Amek’ is thmmidh a illiI ouassif agiArmi thâdadh our kem ibbi ?(Ma fille, dis-moi ce que tu as dit à cette rivière, que tu as traversée sans être emportée ?)- Our thesâdidh achou is mighD’aman is kan i souigh !(Je ne lui a rien dit, j’ai bu son eau), « jusqu’à pouvoir me frayer un passage à gué. C’est comme ça que je suis ici » voulant la rattraper au plus tôt, l’ogresse se met à avaler l’eau, mais le débit ne cesse d’augmenter. De guerre lasse, remplie comme une outre, elle rentre chez elle, et s’acharne sur le cadavre de la sotte. Dans son ventre, elle ne trouve pas un enfant mais deux. Elle les élève avec la moelle contenue dans les os de leur mère et les prénomme Ouh’d’iq (l’avisé) pour le premier extirpé, et Abahloul (le sot) pour le second. Elle ne leur a donné ces noms qu’après les avoir observé pendant longtemps. Dès que les deux jumeaux sont en âge de garder les moutons, elle fait d’eux des pâtres (imek’souen) et leur confie son immense troupeau. Les deux garçons se fatiguent beaucoup, dès qu’ils rentrent le soir ils s’endorment comme les loirs. Une nuit, Ouah’d’iq a une rage de dent et reste réveillé. A sa grande surprise dans le ventre de la femme qu’il prend pour sa mère, il entend des bêlements, des aboiements, des beuglements, des miaulements. Il reste pétrifié. Il vient de découvrir l’horrible vérité. La « mère » n’est qu’une ogresse (teriel) qui risque de les dévorer. Les deux garçons partent aux champs de bonne heure, Ouh’d’iq retourne à la maison pour se soigner. Il laisse le troupeau à son frère le sot. Ce dernier adore « Asselghagh » (gomme retirée d’un chardon). Dès qu’il réussit à extraire une boule, il la met dans sa bouche la mâche, et finit par s’endormir. Sans s’en rendre compte il l’avale. Une fois réveillé ne trouvant pas la gamme dans sa bouche, il accuse d’emblée une brebis en train de ruminer. Il l’abat d’un coup de massue sans autre forme de procès, et regarde au fond de sa bouche. Point de (asselghagh) (gomme). Il répète l’opération deux fois de suite, mais sans résultat. Les deux infortunées brebis payent de leur vie, pour avoir ruminé devant un simplet.

Benrejdal Lounes (A suivre)