La véritable richesse

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L’actualité agitée de la scène économique mondiale met les choix nationaux et les orientations de nos institutions chargées des finances dans une zone de flottement qu’il était difficile de prévoir il y a à peine quelques mois. Le concours de circonstances a voulu que, au moment où l’Algérie réévalue le prix de référence du pétrole -de 19 dollars, il passe à 37 dollars le baril- pour élaborer sa nouvelle loi de Finances, et au moment aussi où le Premier ministre exprime ses appréhensions quant à la chute des prix de l’or noir en déclarant à la mi-octobre  » l’Algérie fonctionne à un baril de 67 dollars. A 70 dollars, nous serions donc en danger. A 60, ça irait mal. A 50, ça irait très mal « , la tendance du marché du pétrole s’engouffre dans une zone d’insécurité qui risque d’amplifier la grisaille nationale déjà assez pesante.

Ouyahia n’est pas allé par trente-six chemins pour stigmatiser l’usage inconsidéré ou indélicat qui est fait de l’argent public :  » les structures de l’Etat n’ont jamais eu à gérer autant d’argent. Ceci a engendré du gaspillage, un comportement, je dirais, d’enfant gâté, en plus de l’existence de la corruption et de détournements, conjugués aux effets de la crise nationale que l’Algérie a subie, qui a fait que des groupes d’intérêts se sont renforcés et ont engrangé des gains illicites « .

L’ancien ministre des Finances, M.Medelci, avouait en 2007 que l’argent, à lui seul, ne fait pas l’économie :  » Nous avons les ressources financières, mais cela ne suffit pas « .L’observation du grand argentier du pays valait pour tous les aspects du problème, à savoir que l’argent seul ne fait pas le bonheur, aussi bien dans les foyers que dans l’univers de la République. L’Algérie l’apprend un peu plus chaque jour. Les rentrées de devises issues de l’exportation des hydrocarbures n’ont jamais atteint le niveau enregistré en 2007 ou pendant les 9 premiers mois de l’année en cours. La dette extérieure ne constitue plus une préoccupation pour les Algériens. L’inflation, même si elle a augmenté au cours de l’année 2008 pour atteindre de 4,2 %, ne constitue pas néanmoins un danger immédiat pour l’économie. Mais, les résultats escomptés en matière de croissance sont souvent revus à la baisse et n’ont pas atteint, jusqu’à présent, le taux de 6 %. Il faut dire, à ce propos, que la plus grande partie des investissements réalisés au cours de ces deux dernières années et qui sont censés se prolonger dans l’intervalle des trois prochaines années sont des investissements publics conçus dans le cadre du Plan de soutien à la croissance. Ils soutiendront la croissance dans la mesure où ils sont des projets structurants (infrastructures routières, hydrauliques, portuaires, énergétiques,…) susceptibles, à terme, d’attirer les véritables investissements via les entreprises industrielles, manufacturières, agroalimentaires, de prestations de services,…etc. En quoi ces chiffres secs et ces prévisions qui relèvent pour l’instant presque du virtuel- d’autant plus que des facteurs de blocage, comme le système financier suranné et les lenteurs bureaucratiques, se mettent au travers des plus énergiques initiatives-, peuvent-ils influer sur la vie des citoyens ? L’ancien premier ministre, Ahmed Benbitour, n’a pas pris de gants pour dire son appréhension du risque d’une explosion sociale. Le chômage, la faiblesse du pouvoir d’achat et la situation socioéconomique générale de la population ne poussent pas à l’optimisme.

Si de tels constats- avec des différences de degrés selon les auteurs ou les acteurs politiques- revêtent quelque vérité, c’est que les indicateurs macroéconomiques qui fondent la stabilité de l’économie algérienne depuis deux années ne suffisent plus à décrire la réalité du terrain. Il ne s’agit pas ici de remettre en cause les indices et les chiffres officiels donnés par les autorités ni de jouer au faux paradoxe du ‘’verre à moitié vide ou à moitié plein’’. Mais, depuis le début des années 90, les spécialistes en économie ont introduit de nouveaux critères pour caractériser non seulement l’état d’un pays, mais aussi et surtout la situation des populations et des individus qui y vivent. Avec les indices de développement humain que le Programme des Nations-unies pour le développement (PNUD) a mis en place, le diagnostic du développement d’un pays est mieux rendu. Ces indices sont un complément indispensable des indicateurs macroéconomiques qui, eux, ne prennent en compte que les grands agrégats chiffrés de l’économie des États. En termes un peu imagés, on dira qu’il y a deux facettes pour une même réalité. Le rapport du PNUD, se basant sur les Indicateurs de développement humain (IDH), place notre pays dans la 102e position. Cette critériologie qui considère la longévité, l’accès au savoir et le PIB par habitant comme des éléments essentiels pour l’évaluation du développement d’une société relègue l’Algérie dans une position qualifiée de ‘’moyenne’’. Par contraste, la comparaison avec la situation macroéconomique du pays, jugée stable, pose moult interrogations quant à l’efficacité de l’utilisation des ressources dont nous disposons. M. Watkins, le responsable du rapport du PNUD, faisait cette observation :  » Tant que l’argent du pétrole ne travaille pas en Algérie, le pays, voire l’Algérien pauvre, sentira les conséquences. Les populations sont la véritable richesses des nations « .

A.N.M

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