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 »Ce que je chante représente une bonne partie de moi »

La Dépêche de Kabylie : Malgré votre jeune âge, vous avez réussi à conquérir toute une génération et à être l’un des chanteurs kabyles les plus écoutés avec, à la clé, cet autre Zénith qui vous attend le 24 janvier prochain. Quel est votre sentiment aujourd’hui ?

Mohamed Allaoua : C’est un grand honneur pour moi de me produire au Zénith où tout artiste rêve de chanter, c’est la deuxième fois que je chante dans cette salle mythique où je me suis vraiment senti chez moi. Une ambiance magique se dégage de cette salle avec un public merveilleux, j’espère revivre ça en janvier prochain, je le vois d’ici, ça va être grandiose. Maintenant concernant mon parcours, j’espère continuer dans la bonne voie et être apprécié à ma juste valeur.

Comment réussissez-vous à gérer tout ce succès ?

Le succès me fait parfois vraiment peur, c’est stressant car votre public attend toujours quelque chose de mieux que la précédente, vous savez, ce n’est pas chose aisée de gérer tout ce stress qui vous monte à la tête. Notre métier est ainsi fait, l’artiste produit et, au final, c’est au public de juger si ce travail mérite le succès ou non, alors plus le succès est grand, plus j’ai peur, et pour durer dans ce métier, il faut travailler dur et se sacrifier et surtout mériter sa place.

En France-comme en Algérie, votre carrière explose et on vous qualifie souvent de phénomène, quel commentaire en faites-vous ?

Tout ce succès, je le dois à mon cher public, moi-même je ne me rends pas compte, tout est allé tellement vite et à chaque succès, les fans en redemandent, c’est ça l’artiste, on attend beaucoup de vous. Pour l’instant et Dieu merci, le succès ne m’est pas monté à la tête et je gère bien ma carrière et tant que mon public est derrière moi, je n’ai pas à me soucier, évidemment je ressens de la joie et de la fierté d’avoir accompli un tel parcours en seulement six ans, la musique reste ma vocation et c’est là que je puise mes ressources.

Vous vous êtes produit dans plusieurs pays, pouvez-vous décrire l’engouement que vous suscitez chez la communauté algérienne à l’étranger ?

C’est vraiment particulier, les gens connaissent les paroles de mes chansons par cœur et ça me fait plaisir de savoir que notre communauté à l’étranger écoute la musique algérienne. A chaque fois que je me produis sur scène, c’est une ambiance différente, je me sens vraiment chez moi et ça nous donne la force de continuer, j’ai eu la chance de me produire dans beaucoup de pays et animé des fêtes où j’ai rencontré des gens sympas et établi des liens particuliers.

A chaque sortie d’un album, il y a un tube qui reçoit un grand succès, est-ce que vous prévoyez le succès de vos albums et quels sont les ingrédients qui composent votre opus ?

Nul ne peut prédire la réussite ou l’échec de son produit. Prenons juste l’exemple de mon dernier tube  » Assed ar ghouri « , je ne savais pas que ça allait marcher aussi bien que ça, j’ai pris quelques risques et finalement le public l’a très bien accueilli et je ne peux que me réjouir d’un tel succès qui, j’espère, se poursuivra. Chaque chanson est spécifique et unique.

Vos tubes sont-ils inspirés d’histoires vraies ?  » Thamgharthiw  » par exemple ?

Presque toutes mes chansons représentent une bonne partie de moi. Elles sont inspirées d’histoires vraies, c’est ce côté-là qui me donne la force de chanter et qui fait le succès de mes chansons, d’ailleurs.

La majorité des chanteurs kabyles chantent  » Lynda « , à commencer par les Abranis jusqu’à vous est ce que c’est un hasard ?

Il n’y a pas que Lynda, certains ont chanté Louisa, d’autres Djamila, pour ce qui est du prénom Lynda, je trouve que ça rime bien et il ne faut pas oublier que c’est un prénom berbère… Ne cherchez pas à en savoir plus (rire !)

Votre dernier album a très bien marché, surtout en Kabylie. Quelle a été votre réaction ?

Ce n’est pas uniquement en Kabylie que ça a marché mais quasiment dans toutes les régions d’Algérie. J’ai des fans un peu partout qui apprécient mon style de musique surtout dans les fêtes où mes chansons connaissent un grand succès que je dois à mon public qui m’est toujours fidèle. J’espère que je le lui rend bien. Quand je suis dans une région autre que la Kabylie et que j’entend, ma musique raisonner dans la rue et chez les disquaires, je ne peux que m’en réjouir.

On a évoqué Tizi Ouzou, n’envisagez-vous pas d’aller vivre là-bas ?

De toute façon, il viendra un jour où je m’y installerai, mais pour l’instant et avec mon agenda ainsi que mon programme chargé, je n’ai pas le temps et la possibilité d’y vivre, surtout que quasiment tout se passe au niveau de la capitale c’est mon travail qui m’oblige à résider à Alger, le jour où tout s’arrêtera, c’est là-bas que je finirai mes jours.

En attendant, un bruit court que vous envisagez d’aller tenter une aventure outre-mer, est-ce vrai ?

C’est complètement faux, je n’envisage même pas l’idée de m’installer loin de mon pays et des miens. A chaque fois que je suis à l’étranger, j’ai le mal du pays, heureusement que mon cher public est là pour me réconforter et me procurer la chaleur de la patrie. A chaque fois que je suis dans un avion, je ressens un manque et mon cœur est envahi d’émotions, alors de là à penser m’installer loin de mon pays, ça ne m’a même pas effleuré l’esprit. L’odeur du pays me manque toujours quand je suis à l’étranger. On ne s’en rend compte que quand on est loin de son pays.

Vous conviendrez que vous chantez dans le style joyeux, rythmé, mais ça ne vous a pas empêché d’aborder des sujets politiques à travers quelques unes de vos chansons. On sent chez vous une fibre militante…

Chaque chanteur kabyle doit avoir une fibre militante. Moi, toute ma carrière je chanterai en kabyle, la cause berbère me concerne aussi et c’est à nous les artistes de véhiculer l’image de tamazight à travers nos textes et nos chansons et démontrer nos vraies valeurs, c’est très important pour moi de représenter les Kabyles à l’étranger, mes racines et mon identité c’est tout ce qu’il y a de plus cher. En tant que chanteur, je dois chanter la cause berbère. Je le fais dans mon style avec une certaine souplesse dans les textes car on peut véhiculer et transmettre aux jeunes les valeurs tout en gardant un air festif.

Quels sont les artistes kabyles qui vous inspirent ?

Je vais vous dire une chose : pour s’inspirer, il faut ratisser large et ne pas se contenter d’écouter uniquement les chanteurs kabyles. Il faut parcourir tous les styles et genres de musiques qui existent que ce soit l’oriental, l’occidental le haouzi et évidemment le kabyle car il faut avoir l’esprit large et écouter un peu de tout pour s’inspirer. Par exemple dernièrement, j’ai chanté du gnaoui et si je n’avais pas écouté ce style de musique, je n’aurai pas pu le faire, il faut savoir écouter et apprécier car le domaine de la musique est vaste.

D’où l’idée de votre précédent duo avec le rappeur Lotfi Double Canon ?

Lotfi est avant tout un ami et ce n’est que de la joie de partager avec lui cette chanson. J’aime bien ce qu’il fait, c’est un artiste de talent qui a fait ses preuves et surtout très apprécié et écouté des jeunes, on a proposé quelque chose de nouveau qui n’a pas mal marché, c’est une bonne expérience qui m’a fait découvrir aussi l’univers très riche du rap.

Le public vous connaît en bon vivant sur scène, mais en dehors de la chanson, comment êtes-vous en privé, et quels sont vos loisirs quand vous avez du temps à perdre?

C’est ce qu’on dit dans mon entourage, on me voit comme un bon vivant, j’aime partager, rigoler, m’amuser. C’est mon naturel que je véhicule sur scène aussi, il n’y a pas de différence entre Allaoua le chanteur et celui de la vie de tous les jours. Quant à mon temps libre, je préfère le passer aux côtés de ma famille et de mes amis, mais la musique n’est jamais loin…

Matoub Lounès ?

C’est une très grande perte pour la chanson kabyle ainsi que pour l’engagement et le militantisme berbère.

La JSK ?

La JSK, c’est notre âme, je rate rarement un match. Quand le club est engagé dans une compétition continentale, je fais tout pour être au stade ou devant l’écran de télévision, qu’elle gagne ou qu’elle perde, je la porte toujours dans mon cœur et ça me fait mal de la voir perdre.

Depuis mon jeune âge, j’ai toujours été un fervent supporter et un grand fan. Déjà petit, mes frères m’emmenaient au stade et je n’avais à l’époque que 10 ans. Avant moi, des grands noms de la chanson kabyle à l’image de Matoub ont chanté ce club et la chanson  » A Vava cheikh  » a été un vertibale succès qui a propulsé ma carrière, le succès, je le dois en premier lieu à la JSK qui reste la fierté de la Kabylie.

Quels sont vos projets en dehors du prochain spectacle au Zénith de Paris ?

D’abord, j’espère que mon concert au Zénith sera une réussite et plaira au public, et mon plus grand souhait est que toutes les générations seront réunies à l’avenir afin de donner un grand spectacle à Bercy comme l’a déjà fait Khaled, Faudel et Rachid Taha avec “Un, deux, trois soleil.” Je veux que ça soit gravé dans l’histoire, c’est pour moi un rêve de rassembler toutes les générations de la chanson kabyle dans un grand concert dans une salle mythique comme Bercy.

Votre prochain album ?

Il est en cours de préparation et si tout se passe bien, il sera prêt l’été prochain. J’espere que ça va plaire au public. Il comptera bien des surprises, c’est tout ce que je peux dire pour le moment.

Allaoua vit toujours à Alger mais on sent chez lui un penchant pour le bled, Tizi-Ouzou. D’ou êtes-vous originaire exactement ?

On a exactement débarqué d’Azzeffoun, du village  » Iaâgachen « . Ma mère est une algéroise mais d’origine du village  » d’Ait Ouali « , c’est pratiquement la même région que celle de mon père. Il n’a pas été chercher loin quoi… (rire !)

Vous avez toujours votre maison là-bas ? Quelle a été la dernière fois que vous vous y êtes rendu ?

Oui évidemment qu’on a notre maison. J’ai ma famille là-bas et je m’y suis rendu pas plus loin que l’Aïd dernier. C’est vital pour moi de me rendre à Tizi Ouzou pour fuir le stress de la capitale.

Dès que j’ai un temps de libre je m’y rends, les montagnes de Kabylie ça a un grand sens à mes yeux, on a l’impression de renaître, et nos esprits s’apaisent, pour moi c’est ça la Kabylie`.

Et l’ Aid prochain, vous y allez pour sacrifier le mouton là-bas ?

C’est sûr, pour nous, le rite c’est sacré, là-bas il existe une ambiance unique, la chaleur familiale, les traditions, une immense joie m’envahit dès que je suis à Tizi, la beauté des paysages, on respire un air pur et on s’évade, on oublie le stress du quotidien, c’est mon petit refuge et l’artiste en a besoin pour s’inspirer.

Un dernier mot?

Le mot de la fin va en direction de mon cher public, j’espère que le prochain album va être à la hauteur de ses attentes, mon succès je le lui dois en premier lieu où qu’il soit.

Entretien réalisé par Hacène Merbouti

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