Jamais l’avenir immédiat d’un parti politique n’a autant captivé l’attention de l’opinion française. Rongé par des querelles de leadership, en retard d’une mutation historique que l’ensemble de la social-démocratie européenne a opérée avec plus ou moins de bonheur, le Parti socialiste français est à la croisée des chemins. Pour n’avoir ni remplacé Mitterrand qui a fait ses heures de gloire durant deux décennies ni osé le recentrage qui les en aurait dispensés, les socialistes français héritent maintenant du pire : avoir été par la candidature de Jospin à la présidentielle à l’origine de l’arrivée de l’extrême droite au second tour. Et depuis, devenir une nébuleuse incapable de parler de la même voix et de présenter un projet commun alternatif à la droite qui, elle, est mobilisée avec une rare solidarité de corps derrière la machine Sarkozy. Ségolène Royal, portée par le vote des militants parce qu’elle incarnait peut-être le besoin de renouveau, n’a pas pour autant pu mobiliser l’état-major encore aux mains d’une vieille garde qui ne lui a pas pardonné son audace. Si elle n’est pas parvenue à la présidence de la République, elle n’a pas renoncé à la légitimité que lui a conférée la base du parti. C’est en toute logique donc qu’elle ambitionne d’en prendre les rênes, surtout que son revers face à Sarkozy n’a en rien entamé sa popularité au sein des militants. Populaire mais pas majoritaire, Ségolène Royal est partie à la conquête de la première responsabilité au sein du Parti socialiste français avec un handicap majeur, celui d’avoir ligué contre elle les autres prétendants, ce qui réduit considérablement ses chances dans un second tour prévisible et depuis hier confirmé.
Cela a commencé par le retrait de dernière minute du maire de Paris, Bertrand Delanoé, qui a appelé ses partisans à voter pour Martine Aubry, suivi de Benoît Hamon éliminé au premier tour. Face à Ségolène Royal, il y aura donc Martine Aubry, la maire de Lille. Fille de Jacques Delors, une vieille figure du parti, ancien ministre du Travail et des Affaires sociales, elle est très ancrée dans sa ville et traîne une expérience politique qui peut lui valoir la consécration. Si elle incarne quelque peu l’orthodoxie socialiste qui éloigne d’elle quelques volontés de changement, elle a su aussi tirer profit. De son profil, elle fait un gage d’un » réancrage » à gauche toujours porteur au sein de la famille socialiste. Son ultime atout est sa réputation de femme à poigne et rassembleuse susceptible de remettre les socialistes sur le sentier d’une discipline collective qui lui manque terriblement depuis des années. Théoriquement favorite en raison des reports de voix, elle n’est pas pour autant assurée du sacre final. Pour n’avoir ni la franche volonté d’ouverture de Ségolène Royal ni la radicalité à gauche de Benoît Hamon, la désillusion n’est pas exclue. Le premier tour a déjà donné la preuve avec Bertrand Delanoé que la discipline des reports n’est pas si évidente que ça.
Mais que ce soit Royal ou Aubry, le PSF n’offre aucune garantie de grande mutation. La première n’a pas renoncé à tous les archaïsmes socialistes et semble faire du changement une question tactique plutôt que stratégique. La deuxième aura du mal à réaliser le rassemblement, thème majeur de sa campagne, de ceux qui lorgnent du côté du centre et ceux qui se rapprochent de l’option révolutionnaire de l’extrême gauche.
S. L.
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